lundi 31 décembre 2012

Poïésis 23 – La fin d’un monde




A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis.

René Char



Vers la lumière – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés




Nous allons y avoir droit, c’est sûr, aux bons mots, aux vœux sans sincérité, aux promesses, aux bonnes résolutions qui ne dureront que ce que durent les roses, l’espace d’un instant.
Nous allons y avoir droit. Et nous aurons même le culot d’y contribuer à ce cinéma annuel.
On va aller serrer des mains. On enverra moult cartes de bonne santé, et même de paix. Si, si, de paix aussi !
Et puis le temps va passer, n’effacera rien des souhaits envoyés en l’air, mais qui ne retomberont jamais. On rentrera tranquille dans ses petites habitudes. On mangera des chips devant TF1, parfois France 2 ou 3, plus rarement Arte. On se gavera comme toujours de ces bonnes paroles, de ces analyses subtiles distribuées par de doctes journalistes et experts. On s’endormira comme toujours après avoir tweeté, facebooké. On se sera même payé le culot de tenir des propos franchement révolutionnaire sur ces réseaux prétendus sociaux dont la seule vocation est de nous faire marquer la distance avec le monde réel.
Et pendant ce temps, toujours plus.
Toujours plus d’usines fermées, toujours plus de chômeurs, toujours plus de misère, toujours plus d’expulsions, toujours plus de guerres sociales, économiques ou armées.
Toujours plus…

Et puis voilà qu’en guise de vœux, il s’en trouve pour enterrer le seul symbole qui pouvait être encore attendu.
Les voilà les timorés du portefeuille, usant jusqu’au bout de l’an de leurs derniers pouvoirs pour défendre l’indéfendable.
Riches dont la seule vie est tournée vers toujours plus d’argent, riches qui ne veulent rien payer, rien donner, rien partager, riches comme souillure de toute humanité passée, présente et à venir.

Car c’est en leurs noms que tous les crimes, toutes les guerres, tous les génocides qui ont couvert notre dignité d’humains de cette boue sanglante furent commis.
Leur musique marche au pas cadencé d’une histoire qui sent le rance.

De quels vœux encore border l’an qui s’en va ?

Que pourra dire encore un président qui tourne résolument le dos à ses promesses d’hier : pour quelles lanternes encore tentera-t-il de nous faire prendre les vessies creuses d’une pensée absente ?

Je voudrais pourtant ne pas alourdir le constat : il en est tant dont nul ne parlent qui agissent et déjà construisent le monde dont nous aimerions voir arriver l’ombre apaisante.
Ici et là les idées fusent, les formes s’inventent d’une autre société, volontairement maintenue dans le silence d’une censure qui ne dit pas son nom.
Une poésie jaillit qui porte noms et visages, bien qu’elle soit ignorée des thuriféraires mortifères d’un capitalisme à l’agonie.
Entendez-moi bien : je ne suis nostalgique d’aucun système, juste de la générosité des idées qui ont jusqu’ici toujours aidé l’humanité à grandir, à se grandir quand tant et tant ne connaissaient que sang et armes.

Je le dis, je ne me reconnais dans aucun système connu, puisque nous n’avons pas encore trouvé le moyen d’en trouver un qui sache nous satisfaire.
Nous avons donc tout à inventer, à créer, à chercher.
Nous avons nos intelligences à partager pour inventer ce que nous attendons.
C’est déjà, parfois, ce qui se produit dans les belles rencontres que favorise internet, à condition de le vouloir : nous y apprenons la tolérance, le partage et l’échange. Nous y apprenons à débattre de nos idées, à les défendre et les raffiner sous le regard acéré de nos contradicteurs.
Serait-ce le laboratoire de cette humanité en gestation que nous appelons de nos vœux ?

Et serait-ce vœux pieux que d’envisager gangrener l’espace du réel de cette belle germination ?

Je lis des vœux de toutes sortes qui me parviennent par dizaine. Certains viennent sur le terrain très classique : hop ! On se débarrasse du truc, parfois même avec anticipation, puis on passe à autre chose, ou plutôt à ce qui est. C’est pourquoi rien ne change, si les vœux en l’air qui ne retombent jamais se trouvent majoritaire.
Et puis il y a ceux qui doutent, qui y vont sur la pointe des pieds, ou selon leur mauvais caractère habituel. Je serais plutôt de ce bord là. Ne feignons pas de croire en un changement qui nous viendrait de je ne sais quel sauveur suprême quand il s’agit de nous mettre à l’œuvre, de nous inventer les philosophies, les poésies, les stratégies et les réalisations concrètes qui nous correspondent.
Il faut reconnaître le nombre réduit de celles et ceux là.

Rien ne changera donc, tant que nous en resterons à des résolutions d’un jour.

J’en connais qui sableront le champagne (qu’ils soient rassurés, moi aussi), mais ceux qui le feront avec le plus de brillant habitent déjà au ciel étoilé d’une société qui ne sait plus rien d’autre que l’économie. Le mien, mon verre, je le lèverai à la mort définitive de cet esprit là, je le lèverai à une vision poétique, à une pensée qui ne sache rien dire sinon balbutier, à des recherches qui en soient, non pour la rentabilité qu’elles ouvrent, mais pour leur invitation à toujours mieux connaître, avec l’humilité de considérer qu’une connaissance acquise n’est qu’une bulle dans ma coupe.

Alors oui, je lèverai mon verre, avec amour, vers toutes celles et tous ceux qui peu ou prou contribuent, sans toujours en avoir fine conscience, à cet avenir dont la prospérité ne se mesurera pas en « Produit intérieur brut » mais en bonheur ajouté.
Alors, peut-être saurais-je émettre un vœu timide, celui qu’une fois ouverte la voie, jamais plus elle ne se referme.

Xavier Lainé
31 décembre 2012




samedi 22 décembre 2012

Poïésis 22 – C’est blessure dangereuse




Je vous dis, moi, qu’il n’est pas de travailleur si pauvre, dans les campagnes et dans les villes, qui ne soit intéressé à la prospérité du pays, qui ne souffre des erreurs commises et qui n’ait droit, par conséquent, à se faire entendre.
Jean Jaurès



Réfléchir 1 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés


à François Hollande, encore et toujours

C’est blessure dangereuse que tu nous infliges. Car elle nous touche dans nos convictions profondes et tend à affirmer toujours plus notre impuissance.

Il y en eut tant de ces plaies ouvertes et jamais refermées. Tant de vents mauvais sur nos espérances assez folles pour se croire possibles.
Toujours, toi et tes pareils (en cela qu’importe votre bord), nous avez appris à ne plus rien attendre de vous, puisque vos promesses sont toujours vaines, juste bonnes à nous tromper, puisque nous ne sommes pas en mesure de tourner le dos à cet Etat sur lequel vous régnez.

Et vous en profitez, bougres que vous êtes. Vous y avez mis le temps, mais nous voilà dépourvus de toute initiative. Pour nombre d’entre nous, même, vous avez lentement distillé le poison de l’impuissance.
Impuissance à nous penser en ce monde qui vous dirigez droit vers l’abîme ; impuissance à penser même un autre monde dans lequel nous serions cheville ouvrière de notre avenir.
Vous vous êtes rendus omnipotents, omniscients, omniprésents par le pouvoir qu’exercent médias à la solde de vos soutiens et qui ne parlent que de vous, jamais de nous.
Ou quand ils nous regardent, vos yeux journalistiques, c’est toujours pour nous trouver bien impudents de réclamer encore quelque dû où vous ne voyez que charges à passer en pertes et profits.

Mais sans doute est-ce un jeu pour vous autres. Du confort qui est le vôtre que pourriez-vous encore savoir de notre éternelle tension de vivre ?
Rien, puisque depuis si longtemps (peut-être même depuis toujours) nous ne vivons dans le même monde.
Le vôtre est tissé de ces petites combines quotidiennes pour se maintenir, au pouvoir, au sommet, dans les salons des puissants. Petits compromis, basses complicités pour que le monde, le vôtre, reste ce qu’il est.
Que pouvez-vous bien avoir à faire de ce qu’est le nôtre ?

Pourtant vous avez les mêmes chiffres, les mêmes informations, sinon que, sans doute vous en avez plus que nous.
Puisque, pour nous, être informé est presque un travail quotidien qui nécessite de déjouer tous les pièges des informations formatées que vous souhaitez nous délivrer, avec un soin méticuleux pour détourner notre attention des questions essentielles.

Une de ces questions que je ne crois pas être le seul à me poser est finalement assez simple : de quoi avons-nous besoin, au XXIème siècle, pour grandir ne serait-ce qu’un peu dans notre humanité ?
De vos bombes dont vous prétendez avec aplomb qu’elles seraient les garantes de notre sécurité ? Mais nous sommes bien obligés de constater qu’il n’en est rien et que jamais le monde n’avait été aussi peu sûr.
De vos profits tirés d’un marché que vous prétendez libre ? Mais nous sommes bien obligés de découvrir que, désormais, rien de ce que nous gagnons ne nous permet de maintenir notre strict minimum sans nous endetter un peu plus, renforçant par là-même vos profits. Nous sommes bien obligés de voir que notre précarité dont vous faites un dogme est une prison à ciel ouvert, dont les barreaux sont subtilement posés à l’intérieur de nous-mêmes !
De votre consommation, vos cinq fruits et légumes par jour, vos cadeaux rutilants dégorgeant à grand frais de lumières de vos merveilleuses vitrines ? Mais nous savons que bourse plate ne permet aucun accès à cette gabegie étalée en symbole de votre système !
Alors ?
Mais que vous apprend-on à HEC, Science-Po, ENA, ENS et autres grandes écoles dont on nous dit qu’elles forment les élites républicaines dont notre pays a besoin.
A quoi peut bien nous servir un Etat qui affirme par votre bouche un tel aveu d’impuissance devant l’incivilité des nantis ?

Les naïfs auraient pu croire qu’une pseudo gauche pourrait pallier aux petits bobos d’un monde agonisant, poser quelque emplâtre sur la jambe de bois gangrenée d’un système dont la règle est d’exclure.
Et nombreux sont encore ceux qui s’imaginent que quelque chose pourrait venir de votre impuissance feinte, qui camouffle si mal une volonté de faire durer une civilisation inique encore un peu, le temps d’amasser plus de monnaie, en des coffres planqués sur quelque île paradisiaque.

Comme tu le sais le paradis est un lieu sélectif, réservé à l’élite qui en détient les clefs.
Nous avions, même sans illusions, imaginé que tu en distribuerais au moins quelques unes à ceux sur qui la porte se referme toujours en leur coinçant les doigts.
Mais non, tu vois, voilà où mène encore notre naïveté, non content de la claquer sur les moignons rongés par le froid, tu nous la fermes au nez.
Mesures-tu qu’elle risque, par ta malveillance, de demeurer ensuite fermée très longtemps ?
Car ceux qui guettent dans l’ombre ont en main les clefs de l’enfer où nous enfermer, de peur que nous salissions les moquettes de leur paradis d’argent.

Détrompes-toi : nous ne les envions pas, tes petits copains qui cotisent et émargent à toutes les bourses, non, nous aurions même tendance à les plaindre, car, sans s’en douter peut-être, ils sont la lie de toute humanité.
Leurs rêves de possession sont immenses, certes, et ils sont créatifs en diable, capables d’inventer toutes sortes d’objets et de produits capables de nous soumettre un peu plus à leurs grossiers appétits.
Nous aussi, mais tu sembles l’ignorer, nous avons des capacités créatives inouïes, ne serait-ce que pour ne pas crever du monde que toi et tes semblables vous nous imposez.
Ce que nous pouvions admettre de tes prédécesseurs, nous le digérons mal venant de ta part.
Car ton discours était aux antipodes de ton action.

C’est Noël, l’année touche à sa fin. Nous avions, mine de rien, misé sur un changement, ne serait-ce que par quelques actes symboliques forts. Tu viendras sans doute, à grands jeux télévisuels, nous enfumer un peu de ta langue de bois, nous expliquer que tu ne fais pas ce que tu veux. Il s’en trouvera peut-être pour gober encore tes sornettes, mais il y en aura d’autres que celles-ci vont détourner pour longtemps de toute idée de progrès humain (car tu vois, mais il faudra que j’y revienne, il n’est pas de progrès que de croissance, celui de la connaissance et de la culture, compte peut-être encore plus).
Et puis nous serons quelques uns à regarder s’éteindre les lumières, à porter main secourable à ces hommes et ces femmes, Rroms ou pas, qui ont tant besoin d’un peu de notre chaleur humaine, comme nous n’avons jamais cessé de le faire. Simplement, il fut un temps où toi et les tiens, vous fûtes à nos côtés, mais par un étrange revirement, nous nous trouvons face à face.

Et puisque c’est Noël, je ne résiste pas, je t’offre, à toi, à ton gouvernement, à tes députés, à ton parti ces quelques mots tirés de « La république et les ouvriers », de Jean Jaurès (Œuvres complètes volume I) : « Tout homme est essentiellement l’égal des autres hommes ; il n’en est point que la nature ait marqué d’un signe d’infériorité et de déchéance ; la demeure la plus humble abrite parfois un grand esprit et un noble cœur ; le berceau le plus pauvre contient peut-être une âme qui sera grande. Même quand une intelligence est inférieure à une autre, la plus forte n’a pas le droit d’opprimer la plus faible et de se substituer à elle : elle n’a qu’un droit qui est de l’éclairer si elle le peut, et de la conduire par la persuasion ; et en tout cas elle doit la respecter jusque dans ses erreurs, parce que si le bien de l’intelligence est la vérité, un bien plus haut encore, c’est l’indépendance, et qu’il vaut mieux une intelligence qui se trompe parce qu’elle est demeurée libre, qu’une intelligence violemment soumise à la vérité. Dès lors, plus de tyrannie : et une seule autorité, celle de la loi consentie par tous. Plus de privilèges : mais l’égalité des droits et des charges, plus de castes, plus de barrières artificielles, plus de séparations factices : mais une seule et grande nation faisant place à chacun selon son travail et son mérite, honorant le labeur honnête jusque dans les conditions les plus humbles, pleine de sollicitude pour les petits et les aidant sans cesse à monter sans faire tort aux droits des autres, et les lois complétant et couronnant la justice par la fraternité. »

C’était à Carmaux, le 28 juin 1885. Comme tu peux le méditer, il semblerait que le progrès dont tu affubles tes discours ne se soit fait qu’à reculons, ou, au mieux, ne soit qu’un statu quo dont les réactionnaires d’hier, les fossoyeurs de la démocratie seront prompts à se saisir, si nous devions poursuivre sur la pente que ton impuissance et ton inaction à établir ce pourquoi nous t’avons élu ont gentiment savonné.

Xavier Lainé
19 décembre 2012





dimanche 25 novembre 2012

Poïésis 21 – Fantômes de la République




« (…) C’est en tant qu’orthodoxie, en tant que fiction collective, en tant qu’illusion bien fondée – (…) – que l’Etat peut remplir ses fonctions de conservation sociale, de conservation  des conditions d’accumulation du capital – (…). »
Pierre Bourdieu



Ce que disent les nuées 1  – Photographie de X Lainé – Tous droits réservés


N’en déplaise à tes contempteurs, ce que tu dis et fait n’a pas de nom. Et c’est du fait de cet innommable que tes actes deviennent insupportables.
On ne peut dire un jour une chose pour être élu, puis une fois obtenu les suffrages agir selon des principes aux antipodes de ce qui fut énoncé hier. On ne peut… Mais tu le fais.
Ton prédécesseur aura eu au moins ce mérite, du moins aux yeux de ceux qui savaient lire : il a fait ce qu’il avait dit, c’est à dire démolir tout ce que l’histoire nous avait légué d’humanité.

Toi, tu arrives, avec ton air débonnaire. Tu nous fais tes promesses en surfant sur la vague médiatique qui te portes. Et sans doute savais-tu déjà à quel point tu nous mentais.
Une fois élu, tu chausses les godillots des sinistres.
Car rien n’a changé, et tu n’as envoyé aucun symbole même qui pourrait nous indiquer qu’une autre voie serait peut-être suivie, un jour.
Non, rien. Nous avons jusqu’ici attendu avec un peu de bienveillance, de la compassion même, car si certains de tes ministres feignent de découvrir l’étendue du désastre, nous savions, nous, ce qu’il en était, et dans quelle panade tu te trouverais, en pays réduit à l’ombre de lui-même.
Nous n’attendions rien, et c’est le rien qui domine.
Nous sommes passé de la présidence normale à l’insignifiance totale, sauf pour défendre le patrimoine des nantis, en faisant grand usage des forces de police, à la moindre résistance.

Car tu n’es pas un président de gauche, non, et ton parti s’est depuis si longtemps fourvoyé dans un abîme électoraliste sans pensée qu’il en est ta savate. Comme les gendarmes que tu envoies à tour de bras contre nos amis Rom, contre les justes occupants de Notre Dame des Landes, ils sont au garde-à-vous, le petit doigt sur la couture du pantalon (enfin tant qu’ils en ont encore un).
Car à ce train, il ne faudra peut-être pas attendre cinq ans pour voir le naufrage où tu nous mènes.
Mais sans doute tes amis du CAC 40, sont-ils bien meilleurs que nous pour t’indiquer le droit chemin : ils ont tout les outils, n’est-ce pas ? Ils possèdent tout les médias en vogue, savent opérer le lobbying nécessaire auprès de tes ministères, de tes députés.
On ne parle que d’eux. Et l’injustice est là pour blanchir leurs sales affaires.
D’ailleurs, les UMP-istes n’ont eu de cesse de se réjouir que leur satané nabot sorte d’un Palais de Justice (mais de quelle justice est-il le dépositaire), sans être mis en examen (signe même qu’ils en connaissent la culpabilité).
Et toi, grand benêt, tu ne dis rien. Tu frayes avec Merckel, en tout bien et tout déshonneur. Les dindons d’hier continuent de payer l’addition de l’addiction de tes semblables aux réseaux financiers internationaux qui saignent à blanc la planète.
Les dindons continuent à subir la honte des extraditions scandaleuses.
Les dindons, lorsqu’ils gonflent leurs plumes de révolte, continuent de recevoir les mêmes coups de tes forces de gendarmerie.
Les dindons continuent de travailler plus (quand ils ont encore un travail) pour payer plus la gabegie de ton absence de pensée sur un monde déclaré en guerre par une poignée de spéculateurs.

J’aimerais ne pas avoir à me mettre en colère. Mais ton art de renvoyer dos à dos les victimes et leurs agresseurs, à Gaza comme ailleurs a le don de me hérisser le poil.
Car, tu vois, même sans illusions, j’attends autre chose d’un président pour lequel j’ai voté, même à reculons.
J’attends d’un président et de la clique qui le soutient qu’ils réfléchissent ne serait qu’une seconde à la portée de leurs actes.
J’attends qu’ils ouvrent des voies possibles à un peu plus de culture, et de réflexion pour le commun qui rame.
J’attends d’un Etat qui proclame sur tous ses édifices « Liberté, Egalité, fraternité », une fois entre les mains de gens qui ne sont pas, à priori, les derniers des imbéciles, et que j’ai soutenu par force, qu’ils tentent au moins de donner quelques signes que la devise n’est pas morte.

J’attends, et ne vois rien venir.
Est-ce parce que l’Etat dont l’école nous a vanté l’histoire serait déjà mort ?
J’attends et n’entends aucun signe de révolte.
Est-ce que ce peuple qui sut inventer une révolution dans les plus prestigieuses pages de l’histoire humaine, qui sut se doter d’une Commune de Paris, qui sut (pas tous mais quand même), prendre les armes contre la lèpre nazie, serait déjà mort ?
Car rien ne vient, pas le moindre petit signe sur l’électroencéphalogramme plat de ces quelques mois passés.

Si, pardon : une poignée de justes pour contrer les actes barbare de ton sinistre de l’intérieur, quelques poètes pour épingler celui  de la fantomatique Education Nationale, quelques révoltés sur le site de Notre Dame des Landes…
Mais rien de bien fondamental puisque, toi et tes amis, vous pouvez continuer dans la logique que nous avions rejeté en mai.
Tu es venu, à une heure où logiquement ton discours serait inaudible pour la plupart de ceux qui travaillent, justifier l’injustifiable de ton absence de gestes symboliques, ne serait-ce que ceux-là. Serais-tu le seul élu des catégories inactives ? Ou s’agissait-il encore de quelque sombre calcul visant à évacuer toutes les questions gênantes ?

Car toi et tes semblables, en irresponsable tels que vous nous apparaissez, ne savez que botter en touche, à l’heure de rendre quelque compte.
Et c’est bien le signe de l’indigence de pensée dans laquelle vous vous complaisez, au grand ravissement de ceux qui tiennent les rênes, d’une main de fer, et ont pour ambition de traquer ce qui reste d’humain en ce monde, avec acharnement.

Xavier Lainé
24 novembre 2012