lundi 7 mai 2012

Poïésis 4 – Une fois la fête passée


Il n’est rien que nous puissions voir, sinon ce que nous sommes.

Ralph Waldo Emerson



Photographie : Sans artifice 1, par Xavier Lainé (tous droits réservés)



Il fallait attendre que les flons-flons de la fête s’éteignent, que les fleurs du ciel entonnant des hymnes victorieux retombent pour enfin pouvoir, avec sérénité, reprendre la parole.

La défaite d’un homme serait-elle la victoire d’un peuple ? D’ATTAC à l’ensemble des partis, c’est l’idée qui semble dominer.

Et cette république mortifère, construite sur la base d’un coup d’Etat pour la satisfaction de la soif de pouvoir d’un seul, cache bien mal le but final de ses rouages.

Et il ne suffit pas, dans un contexte de démocratie avariée, d’en éjecter un pour le remplacer par un autre pour que le miracle se produise.

Car le véritable pouvoir est ailleurs. Et le sortant l’avait bien compris qui frayait plus avec la haute finance internationale (pour protéger les avoirs de ses amis), qu’avec le peuple à qui il faisait subir la tyrannie de son austérité.

Je me suis élevé, pendant toute la campagne électorale sur ces discours qui tendait à accréditer l’idée d’un « échec » du président sortant, comme sur le terme, distribué ici et là sur des prospectus, le jour de marché de « La crise ». Comme si, Badinguet fut élu pour satisfaire aux attentes du peuple ou que « La » crise fut la nôtre.

Mais de qui se moque-t-on ?

Si le départ du petit père la finance est un soulagement, ce qu’il représentait n’est pas sorti pour autant des couloirs de la République. Il n’est que de voir l’arrogance insultante d’Angela Merckel pour mesurer à quel niveau se situe le combat.

Or tous, d’ATTAC à Paul Jorion entonnent le même discours, au fond pas si loin de celui de François Hollande, à peine élu. Si le constat est sans appel, et les yeux grands ouverts, si pour les deux premiers on en appelle au peuple, comme seul rempart contre les méfaits d’une « troïka » capable de mettre la planète à feu et à sang pour préserver les intérêts des actionnaires du CAC 40, aucun ne regarde les dégâts occasionnés dans la pensée populaire par trente années de domination libérale dans tous les médias.

Et force est de constater que, de ce côté-là, les speakers de la Bourse, de la City ou de Wall Street poursuivent et poursuivront leur travail de sape de toute idée de mouvement social.

Dans ce contexte de bourrage de crâne depuis si longtemps, il est même étonnant que le peuple français ait trouvé la force de virer l’inopportun père la finance. Et c’est au moins de ce réflexe de survie, dans l’étouffement qui était le nôtre qu’il convient de saluer, sans se réjouir d’avantage, car il nous fait mesurer que cette survie est loin d’être la vie. Or, pour qu’une pensée critique puisse jaillir dans une tête bien informée, encore faut-il qu’elle ait les moyens de vivre, car sinon, nous ne sortons pas du terrain émotionnel en vogue depuis cinq ans. Et nous savons que ce terrain émotionnel, s’il a joué hier en faveur d’un candidat de gauche, peut aussi se retourner par la grâce d’un matraquage médiatique bien orchestré en faveur de la peste brune dont le souffle haineux est juste là, derrière la porte.

C’est d’ailleurs cette tentation qui est mise en avant dans la désinformation qui continue à courir sur la situation en Grèce : alors que le parti Syriza (Front de Gauche grec) est officiellement le grand vainqueur des élections législatives avec 16,77% des voix exprimées, passant même devant l’historique PASOK (PS grec), tous les médias braquent leurs yeux glauques sur la survenue au parlement de ce pays d’un frange d’extrême droite néo-nazie (Aube Dorée) qui n’a recueilli en tout et pour tout que 6.97% des suffrages (ce qui est bien sûr encore trop, mais dans un contexte où les coups de la Sarkomerckozie pleuvaient, on aurait pu craindre pire).

Et ici, dès ce matin, vous ne pouviez pas ouvrir votre portail Orange sans y voir pérorer l’égérie de l’affront national qui rêve de récupérer les débris de l’UMP, explosant avec le crash de son plus haut représentants : pitoyables médias qui ne cessent de faire l’apologie du pire pour satisfaire à la stratégie du choc voulue par les financiers internationaux et les théoriciens de l’école de Chicago.

A part ça ? Il régnait au café, ce matin, un étrange silence, mais on était lundi, et les habituels commerçants étaient absents. Un ami me raconta, devant notre tasse déjà vide (on ne remonte pas le fond mais on augmente le prix en diminuant la dose), ses déboires avec GRDF dont les sous-traitances onéreuses finissent par être tellement mal organisées que son chantier ne cesse de prendre du retard.

Un peu plus loin, des ouvriers travaillaient, vêtus comme des cosmonautes à retirer un enduit d’isolation dans une poussière irrespirable, et au rond-point d’après, la circulation était toujours aussi dense : camions, pompiers voitures tonitruantes continuaient leur ronde incessante à grands bruits.

Suffirait-il d’un changement de président pour que le peuple soit plus conscient de ces petits actes politiques dont il se fait le vecteur, sans même songer à en contester le bienfondé ?

XL

Lundi 7 mai 2012


Sources :

-          Panagiotis Grigoriou, Greek Crisis, Air Libre : http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/05/air-libre.html

-          Paul Jorion, Peut faire mieux : http://www.pauljorion.com/blog/?p=36676

-          ATTAC France, Après la défaite de Sarkozy : vers un juin 1936 européen : http://www.france.attac.org/articles/apres-la-defaite-de-sarkozy-vers-un-juin-1936-europeen

-          François Leclerc, L’actualité de la crise : Les lignes qui bougent, Billet invité sur le blog de Paul Jorion : http://www.pauljorion.com/blog/?p=36659

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