vendredi 25 mai 2012

Poïésis 9 - C’est pourquoi je voterai encore


Il faudrait se répéter chaque jour: Je suis l'un de ceux qui, par milliards, se traînent sur la surface du globe. L'un d'eux, et rien de plus. Cette banalité justifie n'importe quelle conclusion, n'importe quel comportement ou acte : débauche, chasteté, suicide, travail, crime, paresse ou rébellion.
... D'où il suit que chacun a raison de faire ce qu'il fait.

Cioran

Photographie : Liesse 1, par Xavier Lainé (tous droits réservés)


Que pourrais-je dire, sinon que je n’aime pas en être réduit à appeler à voter pour tel ou tel.
Car le phénomène partisan hérité des siècles derniers ne me semble pas correspondre à l’idée que je me fais de la démocratie.
Pourtant j’en fus, bien sûr, et avec une conviction qui me mena fort prêt de ces gouffres que les hommes savent ouvrir sous leurs propres pieds.
Je le dis, je ne suis plus d’aucun parti sinon celui de l’humain.
Et, contraint de constater que ce qu’ils appellent démocratie n’est encore que volonté de délégation de pouvoir et non longue maturation d’une prise de parole et d’acte citoyenne, il me faut bien me déterminer, justement, pour ne pas être privé de cette parole qui fut si longue, si terrible à prendre.
Parole libre d’un esprit libre : voilà qui ne correspond en rien aux schémas culturels ambiants, et qui si souvent nous rejette (car je ne suis pas seul dans la marge) hors de sentiers que chacun peut voir briller à longueur de médias dont on sait qu’ils ne travaillent point à la libération des esprits mais à leur servitude.
Ils voudraient tant, ces ombres qui tiennent les rênes d’un monde à l’agonie, que nous restions, les yeux fermés, de bon petits soldats de la consommation, prêts à mourir pour quelques produits made in leurs usines esclavagistes.
Alors il faut faire taire toute parole qui vient contrarier leur projet de guerre soft, avec dommages collatéraux nous condamnant à une ruine plus sûre que toutes les guerres précédentes.
« Le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage », écrivait Jaurès.
Et ils jouent du fait que ce que nous avons pris un temps pour une libération ne fut qu’une autre version, étatique du même capitalisme, avec les mêmes conséquences sur la ruine des individualités citoyennes.
Le monde libre que nous attendons, dont nous sommes de plus en plus nombreux à chercher l’invention n’a encore jamais existé, et nos petits esprits sont bien incapables d’en concevoir même la substance (il n’est que de voir ce qui advient de la Chine pour s’en persuader).
L’histoire nous enseigne que les changements de civilisation ne se sont jamais opérés d’un seul coup de dé. Et si nous sommes Homo Sapiens Sapiens, nos connaissances nous invitent à croire que nous n’en avons pas terminé avec notre évolution.
Avec la seule certitude que désormais, nous savons notre espace terrestre limité, et le risque grand de voir notre espèce sacrifier, au nom d’intérêts parfaitement aveugles, le berceau qui l’a vu naître.
Il est donc temps de nous réveiller, de ne plus nous contenter de nous indigner et de passer à l’action. C’est de poésie, de partage des connaissances et des savoirs, de réinvention de l’essentiel, du vital dont nous avons, il me semble, le plus grand besoin. Nous avons besoin de réapprendre à vivre ensemble au sens où aucune société n’a jamais existé sans les hommes qui la constituent.
Si depuis des millénaires cette invention fut confiée à ceux que les programmes d’histoire enseignés dans nos écoles nomment les grands hommes, désormais, il n’y aura aucun sauveur suprême sinon pour aller plus loin dans la destruction de ce que nous sommes devenus.
Si je veux contribuer à une levée de l’espérance, il me faut donc choisir avec clarté, non pour me ranger derrière une bannière, mais pour mettre le pied dans la porte entrouverte, et favoriser ce qui, fondamentalement, pourrait changer quelque chose dans notre mode de vie et d’entreprendre.
Ce n’est pas en nous coulant dans le moule étroit d’institutions gangrenées que l’espérance a de l’avenir.
Et comme il faudra bien continuer, par delà mes actes quotidiens vers le changement espéré, mes paroles insidieuses du matin et du soir, égrenées de pages en livres, je pense qu’il convient désormais de donner une chance à ceux qui sont les seuls à proposer une réinvention de la démocratie, à rêver une autre relation citoyenne à la société à bâtir.
Ils ont nommé ceci une « révolution citoyenne ». Vous me permettrez de me méfier du terme de « révolution » qui nous fait toujours courir le risque de nous retrouver à notre point de départ (ce à quoi toutes les révolutions déjà vécues et connues ont peu ou prou conduit) et de lui préférer le terme d’évolution.
Il s’agit cette fois-ci de voter pour ce qui sera favorable à notre évolution vers plus d’humanité, sans illusion, sans rêve du grand soir, ni de l’heure H de ce soulèvement mondial que tant ont attendu avant de mourir dans le silence des camps de tous bords.
Non, il s’agit de voter pour ce qui sera favorable à cette poésie qu’est la vie, avec son bruissement, son infini émerveillement et son indicible beauté. 
Juste pour semer le bon grain, en sachant que je ne récolterai rien, mais que mes enfants auraient raison de m’en vouloir si je laissais la terre en proie à l’ivraie des grossiers appétits que l’appât du gain génère, inévitablement.
C’est pourquoi, poursuivant dans la réflexion qui m’a conduit à voter Front de Gauche aux élections présidentielles, je confirmerai ma démarche aux législatives, non sans esprit critique garder, car c’est de celui-là dont toutes et tous nous avons besoin, à moins que je ne me trompe, ce qui ne ferait que me confirmer dans cette nécessité de me penser en ce monde, avant de le concevoir pour les autres.
Xavier Lainé

Manosque, 23 mai 2012

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