jeudi 14 juin 2012

Poïésis 11 – Parvenus au degré zéro ?


Devant la bêtise, j’ai honte, et cette honte me fait penser : elle me force à penser – me fait faire attention selon un mode spécifique qui s’appelle la pensée, qui est le déclenchement d’une force. […] Mais cette bêtise ne peut me faire honte, et me faire ainsi faire attention à ce qu’il en est de la bêtise, et m’amener à conquérir une intelligence de la bêtise, que parce que je sais que c’est d’abord la mienne : elle ne peut m’affecter, cette bêtise, que parce qu’elle me rappelle que moi aussi je suis (organologiquement) bête, et que, comme disent les enfants, dans une langue mineure qui n’est pourtant pas bête (langue qui est aussi celle de la littérature, à commencer par la littérature dite mineure), « c’est celui qui le dit qui y est ».
Bernard Stiegler

Photographie : Un p’tit coup de corne, par Xavier Lainé (Tous droits réservés)

C’est à en avoir le vertige, à se demander si…
C’est à marcher avec nausée au ventre, à gerber aux caniveaux de pays meurtri, à se terrer en petit trou solitaire, à se faire ermite pour ne plus rien voir ni rien entendre.
Y aurait-il encore une pensée dans la boite noire de ceux qui voguent en haut lieu de République travestie en bouillons d’inculture et de mépris ?
Mais que faire d’un peuple qui vote pour infinies indigences de rêves et de projets ?
Non, je résisterai encore à parler, ne laissant que supposer d’où me vient l’infinie colère et l’envie d’en découdre, si…
Mais voilà que même pas un mois et que déjà…
Même pas un mois que déjà dans l’arrière cours les mêmes obtiennent patentes défections, en vies humaines condamnées, là, à notre porte africaine, au nom d’un dogme éculé, scientifiquement intenable, dont nos enfants viendront réclamer compte.
Comme ils auront raison de nous en vouloir de l’héritage en futs enterrés, en forêts dévastées, en sang et larmes répandus, en terres stériles d’avoir été trop saignées.
Nous voilà devant tweet sans réflexion, petites phrases assassines, bas règlements de compte relayés en médiatiques gourmandises.
Nous voilà devant l’infection qui se poursuit, de vérole en gangrène, dont le résultat est connu : la peste brune répandue comme purin sur pays endormi et craintif.
Mais qui donc élèvera voix pour clamer enfin que nous ne voulons rien de cette pestilence.
Mais qui aura le ton de clamer qu’il devient pays irrespirable celui qui s’abandonne aux bras de vermine assassine, se vautre en listes noires édictées en couloirs d’infamies.
Il en est pour se lamenter comme à chaque fois, sur le silence des intellectuels, mais de qui parlent-ils et de qui se moquent-ils, ceux-là, ces verbeux du conformisme ambiant ?
Qui affublent-ils de ce terme pompeux et creux, sinon ces démissionnaires qui depuis 1968 n’ont eu de cesse de passer du col Mao au Rotary club et émargent dans tous les couloirs où se fomentent les crimes contre la pensée ?
Alors, ceux qui votent encore, ceux qui ont encore le courage de dire haut et fort qu’ils ne mangeront pas de ce pain là, qui n’acceptent aucune plate soumission devant les nouvelles religions du marché et des peurs dressées sous l’invective de terrorismes fumeux et bienvenus en pays d’indignes soumissions, ceux-là devraient un jour recevoir d’office la légion d’honneur quand elle devrait être arrachée du revers de ces piteux qui viennent occuper la scène de leurs verbiages honteux.
Pardonnez ma colère mais impossible de la contenir. Il me faut éradiquer mes propres monstres, me mettre devant la glace de mes propres démissions, de mes petits renoncements à agir, fracassé par tant d’années de vaches maigres pour avoir osé élever la voix. C’était il y a longtemps, et, voyez-vous, la facture fut salée.
Mais ne peux retourner saine hargne contre moi-même uniquement, après avoir tant vu d’échines courbées sous le joug des peurs, des petits compromis pour obtenir le visa de vivre encore un peu, de respirer à peine parfois.
Je serai du parti de ceux qui iront encore voter, mais ne saurai jeter la pierre contre ceux qui se détourneront en se bouchant le nez. Car tout est fait pour les détourner de leur rôle essentiel qui est de construire vie, donc de faire société dès lors qu’un simple souffle nous anime.
Mais de grâce, mesdames et messieurs qui recueilleront nos suffrages, suivez nos poings rageurs et aidez nous à clouer le bec à ces détenteurs de vérités toutes faites, dans le prémâché d’un monde qu’ils croient immuable, à ces feuilles de choux locales et nationales qui cultivent l’esprit de défaite et de soumission, ces portails qui étalent les plus bas instincts, font leurs commerce dans la fange des petites erreurs, des infimes bévues que vous ne pouvez manquer de commettre : car vous êtes humains comme nous, non ?
Alors, mesdames et messieurs qui demain serez élus, de grâce n’oubliez pas ma colère. Et comptez sur moi, maintenant que l’âge me prend qui ne peut se satisfaire de la déraison d’un monde en proie à nos plus ignobles folies, pour ne plus fuir la responsabilité qui est mienne, bien que ne faisant pas parti de la tribu des « intellectuels estampillés », mais sachant encore un peu écrire, pour user et abuser de ma plume, trempée dans les larmes et le sang de mes contemporains pour ne plus rien laisser passer sous silence.
Xavier Lainé
Manosque, 14 juin 2012

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