vendredi 27 juillet 2012

Poïésis 17 – Un cri, juste un cri



Le virus qui atteint les hommes dans ce qui avait donné ses meilleurs chances à l’espèce, son intelligence, se propage en épidémie.
Les terrifiantes activités de ceux qui sont atteints par ce virus rappellent celles des organismes qui s’entredévorent dans les «écosystèmes», sauf que les déséquilibres qu’ils déclenchent ne se rééquilibrent jamais.
Catherine Claude


Démon d’Orient – Photographie de X Lainé – Tous droits réservés


Mais regardez-les donc, ces véreux, ces bouffis,  ces gavés de finance. Regardez-les et surtout écoutez-les.
Voyez donc le bastringue qu’ils nous mènent, ces éternels insatisfaits de la bourse, ces bactéries coprophages de la finance, ces ex ministres arrogants et cupides.
Voyez en quel train ils mènent les débats.
Non content d’avoir usé du pouvoir depuis cinq ans (que dis-je cinq ans !), mains trempées au bénitier des finances publiques, non content d’avoir souillé, trainé dans la boue de leurs nauséabondes idées ce qui nous restait de dignité républicaine et de sens citoyen, non content d’avoir insinué en tous les esprits la discorde et la peur, les voilà qui, véhéments conspuent tout ce qui est à leur portée.
Qu’une ministre vive comme tout un chacun et vienne en jean au palais de l’Elysée, et les voilà chagrin. Que la même vienne en robe de son choix devant l’hémicycle des bas-mâles, les voici qui font des gorges chaudes.
Racistes ils sont jusqu’à la moelle, sexistes et xénophobes, immondes individus indignes de siéger où une partie des français, hélas, encore, les a placés.
Ils ne savent de la politique que la soif du pouvoir, la trahison et le secret. Et pour protéger leurs exactions, la stigmatisation de l’Autre, cet éternel étranger soupçonné de porter atteinte à notre sang.
Ils ne savent que surfer sur la vague des peurs ancestrales, érigent sans honte la violence en méthode politique.
Et il n’est pas plus de protestations ?

Mais où sont donc passés les Victor Hugo, Emile Zola, André Malraux, Albert Camus ?
Au secours mais revenez donc nous prêter main forte avant que les digues ne cèdent sous les coups de boutoir rageur de cette engeance stupide, cupide et arrogante.
Viendra-t-on m’accuser de mêler nos illustres à mon vitriol matinal ?

On ne peut plus en ce pays, parler d’histoire, souligner quelques incohérences de propos sans être immédiatement accusé de remettre en cause les responsabilités lourdes de notre pays dans le carnage du XXème siècle, sans qu’aussitôt on puisse être taxé d’une sorte de révisionnisme quand eux, à longueur de médias aux mains de leurs copains, dévient toute idée de la route qui pourrait être empruntée pour falsifier, enfoncer, corrompre.
Ils sont le bras armés d’autres dont on feint d’ignorer visages et identités, qui sévissent dans l’ombre, en des commissions européennes, en des banques mafieuses. Leurs divisions blindées sont en chacun de nous, usant et abusant de leurs mensonges pour mieux nous dresser les uns contre les autres.

Qu’ils n’aient pas digéré qu’une frange infime de leur pouvoir totalitaire puisse leur échapper, je ne peux le leur reprocher.
Mais assez !
Assez de vos proses, de vos visages de faux démocrates, de vos attitudes mielleuses pour mieux faire passer l’abjection de vos discours.
Regardez leurs émules, placés aux postes clés de la démocratie et de l’économie, et qui persistent à appliquer la violence des mesures prises depuis si longtemps quand tous nous aspirons à autre chose. Ici on persiste à expulser Rroms et autres étrangers, ailleurs on continue à interdire mendicité, musiques dans les rues, on applique en sournoises administrations de stupides «référentiels» pour refuser encore et toujours l’humaine solidarité.

Leur solidarité va à leurs soupirants : ceux toujours plus riches qui crèveront les coffres pleins sans un regard pour les victimes de la guerre qu’ils auront provoquée et qu’ils mènent.
Car c’est bien d’une guerre qu’il s’agit, sinon que les armes en sont changées et les mines antipersonnelles introduites au terreau de nos propres cerveaux.
Leurs victimes, comme eux, ont des visages : peuples torturés en tous lieux de ce monde, enfants et femmes violés, pays réduits à la famine, misère étendue à toute la planète : saurions-nous dresser la liste noire des crimes commis au nom de leurs grossiers appétits ?

Ce que Vichy fit, ils en poursuivent l’ouvrage avec d’autres moyens mais avec les mêmes discours, mieux habillés certes, et avec la certitude de parvenir à briser toutes les espérances, à force de rendre toute action inopérante face à leurs stratégies prétendues sans visages.
Ils ne sont que la continuation des sombres besognes entreprises au début du siècle précédent, qui ne venaient pas elles-mêmes de nulle part, puisant au puits de cet instinct meurtrier que les hommes développent dès lors qu’ils possèdent ou y prétendent ne serait-ce qu’un fragment de notre véhicule commun, la terre.
Leur arrogance puise aux sources de la violence que l’argent met au cœur des humains dès lors qu’il n’est plus monnaie d’échange, mais outil d’asservissement.
Ils sont là, voyez-les et entendez-les, ils souillent tout de leurs idées noires. Ils persistent et signent : ce qu’ils veulent, c’est la mise à sac de toute les valeurs communes que l’art et la philosophie nous ont offertes depuis nos origines. Il leur faut de la marchandise, toujours plus, jusqu’à en vomir leurs velléités indigestes.

Je regarde et me déclare surpris : qu’attendons-nous pour protester, clamer que nous ne voulons plus de leurs discours de haine et de domination ?
Que le gouvernement gouverne comme il peut compte-tenu de l’héritage exécrable ne justifie à mes yeux aucun de nos silences.
Et si ici, j’ai pu me laisser aller à porter quelques critiques, c’était comme aiguillon contre ces vieux fantômes qui ne demandent qu’à proliférer.
Et le silence injustifiable  des poètes officiels, des philosophes estampillés, à la rare exception de quelques-uns, occupés à pérorer sur les scènes subventionnées des festivals de l’été, me semble lourd d’une complicité suicidaire.

Devant l’histoire, serons-nous jugés pour n’avoir pas attiré l’attention assez sur les ombres portées par nos silences ?
Quelle est ma responsabilité de penseur non officiel, de créateur, d’écrivain (même non reconnu) ?
De quels mots dois-je faire usage pour éveiller les consciences à ce qui se trame et se concrétise en crimes dont le révisionnisme ambiant, tout en condamnant les actes du passé, tait l’évidence ?

Je ne sais pas, ne sais plus, sinon que l’ambiance exécrable lentement et savamment tissée depuis des années (depuis les années soixante dix, quatre vingt ?) rend l’atmosphère de ce pays à couper au couteau : il est palpable ce mur qui sépare les citoyens, qui les rend méfiant entre eux, en proie à des avidités, des concurrences sans avenir.
Il est visible que cette compétition qui dresse les uns contre les autres, au sein de notre propre pays comme vis-à-vis de la communauté internationale nous mène vers une impasse.
Où nous devrions nous serrer les coudes, inventer les solidarités concrètes et quotidiennes, locales, sans attendre que nous vienne de je ne sais quel économiste ou ministre les solutions à nos difficultés, nous passons notre temps à nous suspecter, nous déchirer becs et ongles pour un jour pleurer sur les décombres de ces illusoires possessions, nourries de crédits achetés à grand prix aux seigneurs de cette féodalité bancaire contemporaine.

Las de houspiller le silence pesant, serait-il seulement possible d’envisager un cri, juste un cri qui rassemble et nous mette en mouvement ?

Xavier Lainé
Manosque, 25 juillet 2012


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Qui que vous soyez, vous êtes le bienvenu, avec vos idées, vos commentaires dont je vous demande qu'ils respectent quelques notions de bienséances, et qu'ils ne fassent jamais l'apologie du racisme ou de la xénophobie. A tout hasard, vos commentaires sont modérés. Il vous faudra attendre avec patience leur modération pour les voir apparaître au bas de chaque article. Merci de votre compréhension