dimanche 25 novembre 2012

Poïésis 21 – Fantômes de la République




« (…) C’est en tant qu’orthodoxie, en tant que fiction collective, en tant qu’illusion bien fondée – (…) – que l’Etat peut remplir ses fonctions de conservation sociale, de conservation  des conditions d’accumulation du capital – (…). »
Pierre Bourdieu



Ce que disent les nuées 1  – Photographie de X Lainé – Tous droits réservés


N’en déplaise à tes contempteurs, ce que tu dis et fait n’a pas de nom. Et c’est du fait de cet innommable que tes actes deviennent insupportables.
On ne peut dire un jour une chose pour être élu, puis une fois obtenu les suffrages agir selon des principes aux antipodes de ce qui fut énoncé hier. On ne peut… Mais tu le fais.
Ton prédécesseur aura eu au moins ce mérite, du moins aux yeux de ceux qui savaient lire : il a fait ce qu’il avait dit, c’est à dire démolir tout ce que l’histoire nous avait légué d’humanité.

Toi, tu arrives, avec ton air débonnaire. Tu nous fais tes promesses en surfant sur la vague médiatique qui te portes. Et sans doute savais-tu déjà à quel point tu nous mentais.
Une fois élu, tu chausses les godillots des sinistres.
Car rien n’a changé, et tu n’as envoyé aucun symbole même qui pourrait nous indiquer qu’une autre voie serait peut-être suivie, un jour.
Non, rien. Nous avons jusqu’ici attendu avec un peu de bienveillance, de la compassion même, car si certains de tes ministres feignent de découvrir l’étendue du désastre, nous savions, nous, ce qu’il en était, et dans quelle panade tu te trouverais, en pays réduit à l’ombre de lui-même.
Nous n’attendions rien, et c’est le rien qui domine.
Nous sommes passé de la présidence normale à l’insignifiance totale, sauf pour défendre le patrimoine des nantis, en faisant grand usage des forces de police, à la moindre résistance.

Car tu n’es pas un président de gauche, non, et ton parti s’est depuis si longtemps fourvoyé dans un abîme électoraliste sans pensée qu’il en est ta savate. Comme les gendarmes que tu envoies à tour de bras contre nos amis Rom, contre les justes occupants de Notre Dame des Landes, ils sont au garde-à-vous, le petit doigt sur la couture du pantalon (enfin tant qu’ils en ont encore un).
Car à ce train, il ne faudra peut-être pas attendre cinq ans pour voir le naufrage où tu nous mènes.
Mais sans doute tes amis du CAC 40, sont-ils bien meilleurs que nous pour t’indiquer le droit chemin : ils ont tout les outils, n’est-ce pas ? Ils possèdent tout les médias en vogue, savent opérer le lobbying nécessaire auprès de tes ministères, de tes députés.
On ne parle que d’eux. Et l’injustice est là pour blanchir leurs sales affaires.
D’ailleurs, les UMP-istes n’ont eu de cesse de se réjouir que leur satané nabot sorte d’un Palais de Justice (mais de quelle justice est-il le dépositaire), sans être mis en examen (signe même qu’ils en connaissent la culpabilité).
Et toi, grand benêt, tu ne dis rien. Tu frayes avec Merckel, en tout bien et tout déshonneur. Les dindons d’hier continuent de payer l’addition de l’addiction de tes semblables aux réseaux financiers internationaux qui saignent à blanc la planète.
Les dindons continuent à subir la honte des extraditions scandaleuses.
Les dindons, lorsqu’ils gonflent leurs plumes de révolte, continuent de recevoir les mêmes coups de tes forces de gendarmerie.
Les dindons continuent de travailler plus (quand ils ont encore un travail) pour payer plus la gabegie de ton absence de pensée sur un monde déclaré en guerre par une poignée de spéculateurs.

J’aimerais ne pas avoir à me mettre en colère. Mais ton art de renvoyer dos à dos les victimes et leurs agresseurs, à Gaza comme ailleurs a le don de me hérisser le poil.
Car, tu vois, même sans illusions, j’attends autre chose d’un président pour lequel j’ai voté, même à reculons.
J’attends d’un président et de la clique qui le soutient qu’ils réfléchissent ne serait qu’une seconde à la portée de leurs actes.
J’attends qu’ils ouvrent des voies possibles à un peu plus de culture, et de réflexion pour le commun qui rame.
J’attends d’un Etat qui proclame sur tous ses édifices « Liberté, Egalité, fraternité », une fois entre les mains de gens qui ne sont pas, à priori, les derniers des imbéciles, et que j’ai soutenu par force, qu’ils tentent au moins de donner quelques signes que la devise n’est pas morte.

J’attends, et ne vois rien venir.
Est-ce parce que l’Etat dont l’école nous a vanté l’histoire serait déjà mort ?
J’attends et n’entends aucun signe de révolte.
Est-ce que ce peuple qui sut inventer une révolution dans les plus prestigieuses pages de l’histoire humaine, qui sut se doter d’une Commune de Paris, qui sut (pas tous mais quand même), prendre les armes contre la lèpre nazie, serait déjà mort ?
Car rien ne vient, pas le moindre petit signe sur l’électroencéphalogramme plat de ces quelques mois passés.

Si, pardon : une poignée de justes pour contrer les actes barbare de ton sinistre de l’intérieur, quelques poètes pour épingler celui  de la fantomatique Education Nationale, quelques révoltés sur le site de Notre Dame des Landes…
Mais rien de bien fondamental puisque, toi et tes amis, vous pouvez continuer dans la logique que nous avions rejeté en mai.
Tu es venu, à une heure où logiquement ton discours serait inaudible pour la plupart de ceux qui travaillent, justifier l’injustifiable de ton absence de gestes symboliques, ne serait-ce que ceux-là. Serais-tu le seul élu des catégories inactives ? Ou s’agissait-il encore de quelque sombre calcul visant à évacuer toutes les questions gênantes ?

Car toi et tes semblables, en irresponsable tels que vous nous apparaissez, ne savez que botter en touche, à l’heure de rendre quelque compte.
Et c’est bien le signe de l’indigence de pensée dans laquelle vous vous complaisez, au grand ravissement de ceux qui tiennent les rênes, d’une main de fer, et ont pour ambition de traquer ce qui reste d’humain en ce monde, avec acharnement.

Xavier Lainé
24 novembre 2012




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