vendredi 25 mai 2012

Poïésis 9 - C’est pourquoi je voterai encore


Il faudrait se répéter chaque jour: Je suis l'un de ceux qui, par milliards, se traînent sur la surface du globe. L'un d'eux, et rien de plus. Cette banalité justifie n'importe quelle conclusion, n'importe quel comportement ou acte : débauche, chasteté, suicide, travail, crime, paresse ou rébellion.
... D'où il suit que chacun a raison de faire ce qu'il fait.

Cioran

Photographie : Liesse 1, par Xavier Lainé (tous droits réservés)


Que pourrais-je dire, sinon que je n’aime pas en être réduit à appeler à voter pour tel ou tel.
Car le phénomène partisan hérité des siècles derniers ne me semble pas correspondre à l’idée que je me fais de la démocratie.
Pourtant j’en fus, bien sûr, et avec une conviction qui me mena fort prêt de ces gouffres que les hommes savent ouvrir sous leurs propres pieds.
Je le dis, je ne suis plus d’aucun parti sinon celui de l’humain.
Et, contraint de constater que ce qu’ils appellent démocratie n’est encore que volonté de délégation de pouvoir et non longue maturation d’une prise de parole et d’acte citoyenne, il me faut bien me déterminer, justement, pour ne pas être privé de cette parole qui fut si longue, si terrible à prendre.
Parole libre d’un esprit libre : voilà qui ne correspond en rien aux schémas culturels ambiants, et qui si souvent nous rejette (car je ne suis pas seul dans la marge) hors de sentiers que chacun peut voir briller à longueur de médias dont on sait qu’ils ne travaillent point à la libération des esprits mais à leur servitude.
Ils voudraient tant, ces ombres qui tiennent les rênes d’un monde à l’agonie, que nous restions, les yeux fermés, de bon petits soldats de la consommation, prêts à mourir pour quelques produits made in leurs usines esclavagistes.
Alors il faut faire taire toute parole qui vient contrarier leur projet de guerre soft, avec dommages collatéraux nous condamnant à une ruine plus sûre que toutes les guerres précédentes.
« Le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage », écrivait Jaurès.
Et ils jouent du fait que ce que nous avons pris un temps pour une libération ne fut qu’une autre version, étatique du même capitalisme, avec les mêmes conséquences sur la ruine des individualités citoyennes.
Le monde libre que nous attendons, dont nous sommes de plus en plus nombreux à chercher l’invention n’a encore jamais existé, et nos petits esprits sont bien incapables d’en concevoir même la substance (il n’est que de voir ce qui advient de la Chine pour s’en persuader).
L’histoire nous enseigne que les changements de civilisation ne se sont jamais opérés d’un seul coup de dé. Et si nous sommes Homo Sapiens Sapiens, nos connaissances nous invitent à croire que nous n’en avons pas terminé avec notre évolution.
Avec la seule certitude que désormais, nous savons notre espace terrestre limité, et le risque grand de voir notre espèce sacrifier, au nom d’intérêts parfaitement aveugles, le berceau qui l’a vu naître.
Il est donc temps de nous réveiller, de ne plus nous contenter de nous indigner et de passer à l’action. C’est de poésie, de partage des connaissances et des savoirs, de réinvention de l’essentiel, du vital dont nous avons, il me semble, le plus grand besoin. Nous avons besoin de réapprendre à vivre ensemble au sens où aucune société n’a jamais existé sans les hommes qui la constituent.
Si depuis des millénaires cette invention fut confiée à ceux que les programmes d’histoire enseignés dans nos écoles nomment les grands hommes, désormais, il n’y aura aucun sauveur suprême sinon pour aller plus loin dans la destruction de ce que nous sommes devenus.
Si je veux contribuer à une levée de l’espérance, il me faut donc choisir avec clarté, non pour me ranger derrière une bannière, mais pour mettre le pied dans la porte entrouverte, et favoriser ce qui, fondamentalement, pourrait changer quelque chose dans notre mode de vie et d’entreprendre.
Ce n’est pas en nous coulant dans le moule étroit d’institutions gangrenées que l’espérance a de l’avenir.
Et comme il faudra bien continuer, par delà mes actes quotidiens vers le changement espéré, mes paroles insidieuses du matin et du soir, égrenées de pages en livres, je pense qu’il convient désormais de donner une chance à ceux qui sont les seuls à proposer une réinvention de la démocratie, à rêver une autre relation citoyenne à la société à bâtir.
Ils ont nommé ceci une « révolution citoyenne ». Vous me permettrez de me méfier du terme de « révolution » qui nous fait toujours courir le risque de nous retrouver à notre point de départ (ce à quoi toutes les révolutions déjà vécues et connues ont peu ou prou conduit) et de lui préférer le terme d’évolution.
Il s’agit cette fois-ci de voter pour ce qui sera favorable à notre évolution vers plus d’humanité, sans illusion, sans rêve du grand soir, ni de l’heure H de ce soulèvement mondial que tant ont attendu avant de mourir dans le silence des camps de tous bords.
Non, il s’agit de voter pour ce qui sera favorable à cette poésie qu’est la vie, avec son bruissement, son infini émerveillement et son indicible beauté. 
Juste pour semer le bon grain, en sachant que je ne récolterai rien, mais que mes enfants auraient raison de m’en vouloir si je laissais la terre en proie à l’ivraie des grossiers appétits que l’appât du gain génère, inévitablement.
C’est pourquoi, poursuivant dans la réflexion qui m’a conduit à voter Front de Gauche aux élections présidentielles, je confirmerai ma démarche aux législatives, non sans esprit critique garder, car c’est de celui-là dont toutes et tous nous avons besoin, à moins que je ne me trompe, ce qui ne ferait que me confirmer dans cette nécessité de me penser en ce monde, avant de le concevoir pour les autres.
Xavier Lainé

Manosque, 23 mai 2012

dimanche 20 mai 2012

Poïésis 8 – Croissance et domination


Puisque le diable s'est emparé du monde, il faut bien d'inflexibles grands prêtres pour défendre les dogmes salvateurs et excommunier les sataniques fossoyeurs de la libre concurrence. La cause est si noble que, comme il arrive, hélas, dans toutes les religions, certains trouvent tous les moyens bons pour la défendre, y compris le mensonge, la désinformation et la trahison de leurs propres évangiles.

Jacques Généreux


Photographie : Travail 2, par Xavier Lainé (tous droits réservés)

Le mot à la mode depuis le 6 mai 2012 est donc bien le mot croissance. Non qu’il succède à celui de décroissance resté très marginal dans les débats (et pour cause), mais il vient après une période de cinq années qui parurent des siècles où le discours politique disait ce qu’il disait : que cette même croissance n’était point pour tout le monde et qu’il convenait qu’une majorité se serre la ceinture pendant qu’une minorité voyait croître sans vergogne ses dividendes.
Les mots ont un pouvoir. Et nous savons depuis Freud que celui-là n’est pas forcément dans l’usage qui en est fait mais bien dans la métaphore, le sens qu’ils traduisent dans nos inconscients.
Et ce mot, « croissance », a eu largement le temps de s’imprégner dans nos esprits, au point que, de droite comme de gauche il est devenu le mantra à ressortir dans toutes les soirées mondaines, si possible fortement médiatisées.
Vous voulez endormir le peuple ? Parlez-lui de croissance et faites-lui croire qu’il en tirera bénéfice et vous le verrez retourner à ses charentaises, ingurgiter les fast-foods du langage rebattus à longueur d’antenne par des journalistes ou des experts qui viennent leur expliquer ce qu’ils sont sensés être incapable de comprendre.
Je reviendrai sur Jules Ferry plus tard (décidément, ce nouveau pouvoir me donne de l’aliment et je ne sais si je pourrai un jour de cinq années à venir, dormir paisiblement, mais je préfère cette stimulation à la réflexion plutôt que le profond désespoir du passé : ils auront au moins réussi ça, me faire sortir d’une réserve établie depuis 1989 qui me vit, après une menace de licenciement, puis une réintégration par un ministre du travail de droite, subir ce que nul n’aurait songé à l’époque nommer du harcèlement, jusqu’à ce que je démissionne sans recours pour errer dans les méandres d’une forme libérale du travail sur laquelle il me faudra revenir, comme il me faudra revenir sur cette manière qu’eurent mes amis militants de la période précédente de me tourner le dos, dès lors que je ne fus plus franchement des leurs).
Pour l’heure, j’en reviens donc à ce mot, psalmodié depuis quelques jours comme le remède miracle à tous nos mots, et dont le reprise, presque sans coup férir par presque toutes les autorités européennes et mondiales me laisse à penser qu’il vaudrait mieux s’en méfier.
Car, depuis cinq, et sans vous infliger la longue série des statistiques disponibles sur le site de l’INSEE, on ne peut pas dire qu’il n’y en eut pas de la croissance : productivité, dividendes, boni, stock-options, salaires des hauts dirigeants de toutes les entreprises et banques du CAC 40, taux d’intérêts pratiqués par ces dernières auprès des particuliers comme des entreprises ou des Etats (qui s’étaient interdits au préalable, au nom des dogmes du libéralisme, y compris soutenu, à l’époque, par ceux qui gouvernent aujourd’hui, d’avoir recours à leurs propres capacités d’autofinancement auprès de leurs banques centrales), la liste est longue de ce qui crut, voire même explosa durant cette courte période qui, pourtant parut si éternelle à cette France d’en bas, « qui se lève tôt », qui tente encore de travailler (quand on ne joue pas de l’importance du chômage pour lui faire comprendre que travailler serait une chance quant notre pays, à travers la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme s’est engagé à ce que travailler fut un droit fondamental).
Et si ce temps parut si long, c’est que cette « France d’en bas », chez qui, depuis Giscard d’Estaing il faisait bon de s’inviter parfois, ou de faire rêver par un train de vie très « people », ou d’imiter en étant un président « simple »… cette France là, donc, ne cesse de souffrir depuis les années soixante dix et la fin de ce que, de façon très impropre les historiens ont cru bon d’appeler les « Trente Glorieuses », dont 1968 sonna le glas, juste avant que le couvercle ne retombe, 1981 n’ayant été au fond, que cette petite clarté apparaissant à l’horizon d’un ciel d’orage, au crépuscule d’une civilisation capitaliste qui ne cesse de montrer, malgré quelques soubresauts, qu’elle est à l’agonie et qu’il serait temps d’inventer autre chose.
Ce peuple là souffre car c’est lui qui a fait les frais de la croissance des autres. Et ce peuple là ne se limite pas à la frange ouvrière ou salariée de la société. Ce peuple là, tente encore de répondre aux besoins immédiats et locaux d’une population de plus en plus dépendante des grandes sociétés multinationales, si possible off-shore et ne payant aucun impôt dans notre pays (faut-il rappeler, ici, le bel exemple de croissance qu’est le groupe Total ?), mais doit dans le même temps se serrer la ceinture toujours plus puisque les revenus sont demeurés stationnaires tandis que les prix, profitant de l’implant réussi de l’Euro n’ont fait que grimper aux rideaux et se balancer aux lustres, par la seule décision sans discussion démocratique aucune de ces mêmes qui boivent avec délectation à la coupe de la… « Croissance ».
J’oserais une paraphrase : « croissance sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Et que tout le monde s’extasie sur la nouveauté des trompettes embouchées, applaudissent à l’usage d’un mot dont nul ne précise ce qu’il contient et dans quel sens du courant il nage ne cesse de me faire frémir. Et je crains qu’en n’en rien dire, la désillusion risque d’être fatale à la notion même de démocratie.
Comme le montre Jean-Luc Mélenchon, en se présentant à Hénin-Beaumont pour ces législatives, nous avons intérêt, plus que jamais à la clarification du débat… Et à sa diffusion la plus large, afin que chacun puisse se faire sa petite idée des enjeux.
Non qu’il n’en ait pas une, d’idée (on a vu fleurir des pancartes très explicites à ce sujet dans toutes les manifestations depuis cinq ans, qui montrent que, malgré la poudre aux yeux, peu à peu, les consciences s’ouvrent), mais plus que jamais, à l’heure où les tentations occidentales antidémocratiques sont patentes, sous l’égide de l’OCDE, de l’OMC et du FMI, c’est de débat démocratique et culturel qui permette de redonner un sens aux mots dont il peut être besoin, et besoin urgent.
A défaut, nous risquons fort le naufrage : le bateau prend déjà l’eau et penche dangereusement.
Il me venait, dans ma nuit agitée de pensées que la Hollande se nomme aussi Pays-Bas, car ses terres sont, pour l’essentiel, en dessous du niveau de la mer, et donc aisément submersible. Méfions-nous donc que, la Hollandie succédant à la Sarkozie, et les digues nécessaires face aux grossiers appétits de nos joyeux dictateurs économiques étant d’ores et déjà rompues depuis longtemps, nous ne nous trouvions bientôt en dessous de la ligne d’horizon de leur océan de profits, le drapeau de la croissance flottant seul au bout du mât encore visible.
Et pour éviter le naufrage, une seule solution, le partage de l’intelligence et de la pensée.
XL
Manosque, 21 mai 2012

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je vous invite à lire, de Jacques Généreux, Les vraies lois de l’économie, Parus au Seuil en 2001, ou encore, le Manifeste d’économistes atterrés, disponible aux éditions Les Liens qui Libèrent, en 2010, et Economistes en guerre contre les chômeurs, de Laurent Cordonnier, paru dans un ouvrage regroupant L’art d’ignorer les pauvres, de John Kenneth Galbraith et Du bon usage du cannibalisme, de Jonathan Swift, auprès de la même maison d’édition, en 2011… Ainsi qu’une multitude d’autres ouvrages dont ma bibliothèque regorge, mais qu’il m’est impossible de tous citer ici.

jeudi 17 mai 2012

Poïésis 7 – De l’esclavage au travail d’esclave accepté, n’est qu’un pas, si vite franchi




C'est un crime sans mesure et sans réparation. Il se tient là tel un pieu fiché dans l'œil sanglant des peuples esclavagistes, des nations esclavagistes, des civilisations esclavagistes, des esclavagistes de tout bord, de folle prétention, de faible philosophie. Ceux qui au nom d'une convoitise barbare, d'une foi mensongère, d'une certitude indécente ont fait de l'homme la chose de l'homme, la matière servile d'une inconsolable putréfaction morale.

Ernest Pépin [1]




Photographie : Travail 1, par Xavier Lainé (tous droits réservés)



Alors j’en viens, à réfléchir à ce que le mot travail recouvre de sens, non pour ce qu’il est mais pour ce que, intégré en une certaine conception de la culture, il suppose de soumission ou de libération.

Fut un temps d’artisans, et d’ouvriers, sans doute, déjà, mais de travail visant à produire ce qui pouvait être utile au sein de la collectivité humaine.

Et la soif était du bel ouvrage, sans affubler cette volonté du terme galvaudé d’ « excellence ». Nos petits musées régionaux regorgent de ces objets, façonnés avec amour durant les longues veillées d’hiver, faits pour servir et durer, mais dans la beauté du travail bien fait.

On se regorge des « lumières », on disserte à longueurs d’articles et de conférence sur cet Aufklärung né dans les soutes de quelques monarques éclairés, en la compagnie de philosophes tous plus ou moins issus de cette petite bourgeoisie commerçante, artisane et laborieuse qui entendait secouer le joug d’une époque médiévale qui ne savait plus répondre aux besoins d’un développement économique dont cette frange du peuple aspirait à se saisir.

L’année 1789, si elle apporta au monde quelques pensées lumineuses, fut le signe d’un passage de ce temps tissé de lenteur et d’esclavages, à une idée de progrès dont notre XXIème siècle porte encore la marque.

On ne pouvait écrire la déclaration des droits de l’homme sans quelques dommages collatéraux. Les esclaves et serfs d’hier ont su secouer leur joug, et la bourgeoisie industrielle et commerçante du réfléchir aux moyens d’endiguer cette farouche idée de liberté qu’elle avait introduit.

Le progrès devint vite synonyme d’une production débridée et d’inventions assez rapides pour projeter tout l’ancien monde dans les bras à venir d’un consumérisme absolu.

Dans cette valse étourdissante, il devint impossible de préserver le moindre lien avec la terre nourricière. Il se trouva assez de pédagogues et d’intellectuels pour vanter les mérites d’un monde que l’espèce humaine pouvait dominer à volonté.

C’est dans cette logique que l’univers du travail se borna à son univers salarié. Non que cet univers ne permît aucune émancipation, mais en offrant cette perspective, le salariat ne faisait qu’assujettir des masses de plus en plus importantes de population qui ne demandait qu’à s’affranchir du labeur douloureux auprès d’une terre ingrate.

Quelques guerres plus loin, les espaces agricoles vidés et l’idéologie dominante du progrès réduit à la productivité, les villes se virent grossies d’un flot continu en quête d’un travail que les ruines encore fumantes leur offraient. Il devint évident que le travail était cette espace offert par l’économie au service d’une reconstruction, puis d’un développement anarchique des productions et des services, peu à peu vidés de leur sens créatif.

Nous passions peu à peu de l’esclavage au sens pur à ce que l’on pourrait nommer un esclavage moderne, dont la finance tenait les chaines.

Car, assez rapidement à l’échelle de notre humanité, nous devions passer de ce que les idéologues du progrès nommèrent les trente glorieuses, à cette récession sans fin dont Marx avait prévu l’hypothèse, en étudiant de près la société de son époque.

Le citoyen, rendu dépendant d’un travail octroyé par d’autres que lui-même, comme un petit sac en papier vide agité comme autrefois les négriers agitaient leurs breloques au nez de leurs futurs esclaves, perdit peu à peu le goût de réfléchir au sens de son ouvrage.

Disant ceci, je sens les foudres galoper autour de mon propos comme autour d’un avion présidentiel : car mon propos laisserait entendre qu’il n’y aurait, dans la condition du salariat aucun amour du travail bien fait, ce que le reportage de Marcel Trillat[2] dément.

Or, l’amour du travail n’exclut pas l’assujettissement de du travailleur. Le développement du capitalisme dans sa phase de financiarisation libérale débridée, comme une ultime phase d’une idéologie du progrès sans fin dans l’espace réduit d’une terre limitée, nécessite, et ce même reportage le montre bien, de rendre le travail insupportable afin de réduire encore les appétits de chacun au travail qui fasse sens.

L’objet de ce durcissement, qui s’accompagne d’une utilisation du psycho-pouvoir médiatique afin de réduire les objectifs de vie à ses aspects consuméristes, est de rendre le travailleur indifférent au contenu de son travail, puisque le seul objectif de tout travail serait de gagner assez pour acheter les innovations que le pouvoir économique propose pour la seule justification de la reproduction et de le consolidation de ses profits.

Or, il se trouve que la financiarisation écarte peu à peu cet objectif de la nécessité de production. On peut désormais délocaliser à volonté, sans que l’achat de produits usinés à bas prix dans des pays sans défense sociale n’effraie l’ouvrier jeté au chômage ici, dont le revenu réduit à peau de chagrin est désormais tributaire des établissements financiers assurant les crédits revolving réduisant un peu plus l’espace critique de chacun, désormais vivant sous l’épée de Damoclès de la ruine en cas de cessation de paiement.

Cet usage de la misère croissante pour faire pression sur ceux qui ont encore une chance de travailler, est un moyen à peine camouflé d’inventer un nouvel esclavage soft où le travailleur, incapable de se penser dans son acte de travail, d’en définir le sens et la nécessité au service d’un collectif dont toute humanité serait évacuée, devient son propre négrier, par le consentement involontaire à sa condition miséreuse.

Nous en sommes là : et si nous prenions le temps d’interroger, dans la rue, les passants, on se rendrait sans doute à l’évidence d’une notion de travail totalement vidée de sa substance, réduite à son aspect nourricier (donc consumériste), au service d’un progrès réduit au petit confort identifié aux modes de vie de la bourgeoisie économique dont les journaux people nous montrent l’aisance comme seul horizon d’une vie épanouie.

Que ce «  Meilleur des Mondes » rêvé par les thuriféraires du libéralisme débridé ne soit pas exempts de contradictions, voire même porteur de sa propre ruine est une évidence, car l’esclave, même consentant à son esclavage, finit toujours par trouver lourdes ses chaines.

Demeure la nécessité de redéfinir à la fois le sens culturel du travail, et sa fonction dans une communauté humaine qui sait désormais ne pas pouvoir dominer tout les éléments d’une planète meurtrie par un mode de développement dont il connait les limites objectives.

Il s’agit ici encore d’un enjeu culturel : comment permettre à tout un chacun de se réfléchir dans une société à construire qui lui permette de devenir créateur de sa vie comme des objets qu’il offrira à la communauté des Hommes.

XL

Manosque, 17 mai 2012


On peut retrouver quelques réflexions

-          Sur le travail chez Karl Marx (dans bien évidemment les trois volumes du « Capital », parus en 1977 aux Editions Sociales, ou encore dans le très beau petit ouvrage édité chez Indigènes récemment, « L’argent danse pour toi ! ») ou encore chez Antonio Gramsci (dans un ouvrage reprenant l’essentiel de ses œuvres intitulé « Dans le texte », paru en 1977 aux Editions Sociales)

-          Sur la mise en place et les ravages du psycho-pouvoir médiatique chez Bernard Stiegler, en particulier dans l’ouvrage intitulé « Prendre soin de la jeunesse et des générations, paru chez Flammarion en 2008





[1] Commémoration de l'abolition (2012), par Ernest Pépin : Éloge prononcé par Ernest Pépin lors de la commémoration de l'abolition de l'esclavage au Conseil général d'Île de France, le 10 mai 2012 : http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=10740

[2] Marcel Trillat, Rêver le travail : http://youtu.be/BS1VTwnmQ0g




dimanche 13 mai 2012

Poïésis 6 – Allier praxis et poïésis


« Il faut donc comprendre la poièsis comme quelque chose qui s’impose à l’homme de l’intérieur, et non le contraire. C’est sans doute en ce sens que nous pouvons comprendre l’idée d’un mode de production involontaire de l’homme et c’est en ce sens également que nous pouvons affirmer que la mise en place du cadre logique de l’action n'est pas une activité volontaire: l'homme se dirige vers l'action, non pas sous l’effet de ce qu’il veut, mais par l’attrait d’une perspective qui l’affecte. Si la production sur le mode de la praxis produit un effet instantané dans la vie concrète sur l’ordre de la volonté, la poïésis affecte l’homme à plus long terme en donnant une durée à sa passion. »

Ascèse de l’inachèvement - le sens de l’action, d’Agamben au pragmatisme, S. Santini


Photographie : Qui du cornac ou de l’éléphant, par Xavier Lainé (tous droits réservés)

Tu m’excuseras, François, de t’écrire à peine élu, et d’utiliser encore le tutoiement quand la fonction que tu occupes devrait m’inciter à plus de distance, sans doute.
Mais voilà : je n’ai pas envie de cette distance, ni de te considérer autrement que comme celui qui a été chargé, par une majorité d’entre nous, pour succéder à une présidence honteuse, et qui nous a souillés pour longtemps. Les dernières simagrées de ton prédécesseur n’y changeront rien. Car les plaies restent à vif et mettront sans aucun doute très longtemps à se cicatriser.
Il fut l’élu des riches et il le reste. Il a tellement accablé l’immense majorité qu’il n’est plus resté à celle-ci que le vote perdu pour l’Affront National, ou de tenter une petite ouverture vers l’espérance.
Nous sommes du même âge, cher François, à un an près, il paraît. C’est donc notre génération qui aujourd’hui détient les rênes du pouvoir étatique. Et, comme toi sans doute, j’ai vécu cette période, dont les médias, du fait de ton élection, tentent de ressusciter le souvenir, de mai 1981.
Comme toi sans doute, ivre de ma jeunesse et du bonheur de voir autre chose advenir que cette vieille France rancie, je fus de ce peuple descendu en masse dans les rues, envahissant la place de la Bastille, non sans quelque regard sur les tâches qui nous attendaient, mais quand même. Et je garde en mémoire, la tête ahurie de ma concierge, rue Faidherbe, son balai à la main, marmonnant à qui voulait l’entendre qu’elle n’avait plus vu ça depuis la libération…
Comme toi, peut-être, je fus de la foule massée sur le parcours, autour du Panthéon, heureux de cet hommage rendu à Jean Jaurès et Jean Moulin.
Et puis s’en sont venus les jours de se mettre à la tâche. Innocemment et comme beaucoup d’autres, j’y ai cru. Et je me suis engagé, comme communiste et syndicaliste, dans la brèche ouverte : nous allions mettre en pratique, enfin ce que nos rêves avaient imaginés. Nous allions même intervenir dans la gestion des entreprises, par la grâce de lois dont ton copain Auroux nous avait fait la grâce.
Et nous avons pris les reniements de plein fouet, et la vindicte patronale fut un couteau dans le corps même de nos vies.
Combien fûmes-nous, responsables syndicaux et politiques, à devoir nous battre, désormais, pour nous-mêmes et notre survie, puisque les mauvais coups, menaces de licenciements, dénigrements systématiques auprès de nos familles pleuvaient.
Combien étions-nous à avoir conscience que les reniements, les reculs devant les lois implacables du profit, le mésusage de l’Affront National comme repoussoir, ne pouvaient que nous mener à une catastrophe et à une guerre larvée, pire que toutes les guerres précédentes ?
Nul ne le sait puisque rien n’a jamais été dit sur la formidable répression mise en place, dès 1985, qui visait à rétablir le patronat et la finance dans son droit divin de vie et de mort sur leurs salariés.
Le rouleau compresseur des radios prétendues libres, mais qui ne l’étaient qu’en apparence, les privatisations successives : tout concourrait à semer le doute dans la tête de citoyens de plus en plus isolés devant la lucarne télévisuelle qui ressassait en boucle les mêmes discours de fatalité.
On vient donc aujourd’hui nous resservir les vieux plats. Les mêmes médias qui hier invitaient à la passivité, nous resservent les mêmes brouets.
Si tu as été élu, François, c’est que ton collègue qui, sur une photographie parue sur le site du journal Marianne, le 8 mai dernier, devant l’arc de triomphe de l’Etoile, te montre une direction nettement à droite de son index, le visage fermé comme une huître, fut sans doute le plus piteux que cette piteuse Vème République ait pu générer, et que nous sommes assez nombreux à porter les stigmates de ses méfaits pour lui intimer un « dégage » virulent, préférant tout plutôt que ses mimiques et son cynisme.
Rien à voir avec 1981, donc. Tu ne bénéficies d’aucun état de grâce (puisque les médias nomment ainsi les jours qui suivent l’élection), et nous ne nous faisons aucune illusion sur l’avenir, tant que les financiers détiendront les leviers de la dictature qui est la leur, tant que les lois de ce pays viendront au secours des patrons du CAC 40 avant de venir en aide au peuple, et tant que le mufle brun hantera radios, télévisions, journaux aux mains de ces mêmes qui ont construit cette constitution du « coup d’Etat permanent », dénoncé par ton illustre prédécesseur, François Mitterrand, qui n’est pas allé plus loin que la pieuse dénonciation.
Tu peux compter sur nous, François, pour rester éveillés, pour garder entrouverte la lucarne d’espoir que nous avons ouverte avec toi, mais dont tu n’es que la poignée, puisque le reste ne dépendra que de nous.
Mais tu peux compter sur nous (enfin, je l’espère), pour ne pas te laisser roupiller dans les couloirs dorés de ce parangon de démocratie qu’est la constitution taillée sur mesure pour l’homme De Gaulle, qui l’inventa pour donner un semblant d’honnêteté à son coup d’Etat de 1958.
Nous serons au moins quelques-uns, à tenter de joindre praxis et poïésis pour semer les bases d’une civilisation qui nous aiderait enfin à devenir des êtres pétris de connaissance, et non seulement de savoirs prémâchés.
Nous ne te suivrons que là où nous aurons décidé de te suivre. A toi de faire bon usage du pouvoir que nous t’avons confié.
XL
Manosque, 13 mai 2012

Source :

-          Pourquoi mai 2012 n’est pas mai 1981, de Marjorie Bouchard, http://www.marianne2.fr/Pourquoi-mai-2012-n-est-pas-mai-1981_a217377.html?preaction=nl&id=5914409&idnl=26716&

mardi 8 mai 2012

Poïésis 5 – Pour ne pas faire marrer les mouettes


La ruse du pouvoir symbolique consiste à forcer à parler sur des sujets imposés qui détournent l’attention.

Bernard Lahire



Photographie : Et ça fait marrer les mouettes, par Xavier Lainé (tous droits réservés)

Et tout le monde a salué l’évènement, comme il se doit.

Et le monde s’est extasié sur l’exemplarité de cette démocratie qui voit deux président, l’ancien et le nouveau, côte à côte, un 8 mai, devant la tombe du soldat inconnu, rendre hommage aux soldats morts pour la France.

Et personne n’a regardé la mine réjouie de l’ancien dont la stature se trouve ainsi auréolé d’une petite gloire passagère après avoir flétri l’idée même de démocratie pendant cinq ans.

Nul ou très peu n’ont suggéré qu’il y aurait là-dessous de basses manœuvres visant à redorer le blason de son équipe avant la seconde mi-temps qui aura lieu dans les urnes sous peu.

Personne n’a relevé la confusion entretenue autour d’un 8 mai, vidé de sa substance, réduit à ce vibrant hommage aux morts pour ce pays, mêlant dans la même boite, ceux qui hier luttèrent contre la peste brune, ceux qui l’imitèrent en Indochine ou en Algérie, ceux qui sont allés se faire tuer pour rien en Afghanistan…

Le tout est toujours d’entretenir la confusion et, bien sûr en pays devenu ignorant de sa propre histoire, il s’en trouvera toujours assez pour gober la pilule, même si elle a le goût amer.

Car, faut-il le rappeler le 8 mai 1945 ne fut pas la toute fin de la seconde guerre mondiale (il faudra pour ça que les américains jouent avec leur arme de destruction massive sur Hiroshima et Nagazaki), mais bien la reddition sans concession de l’Allemagne nazie. Et c’est cette mémoire là, inaliénable, que le 8 mai est sensé commémorer.

Et il faut bien du machiavélisme pour en oublier la substance, à l’heure où notre pays est plongé, par la grâce de tous les gouvernements successifs, mais plus particulièrement celle de notre dernier locataire élyséen, dans les affres d’une xénophobie, d’un racisme omniprésent, tournant le dos aux idéaux qui furent ceux des résistants.

Si les tentations totalitaires se font aujourd’hui plus « soft », c’est qu’il est bien difficile de faire gober encore le culte de l’homme providentiel à des populations, aux neurones englués dans l’overdose de pseudo-informations, certes, mais globalement plus sensible au rappel de l’histoire (sinon comment expliquer la forte mobilisation entre les deux trous des présidentielles de 2002, alors que l’Affront National venait de remporter la première manche des présidentielles ?).

Mais tandis qu’on amuse la galerie avec l’image forte de nos deux présidents au coude à coude pour dénaturer la mémoire, on peut supposer qu’en d’autre slieux, les tractations financières vont bon train. Tout le reste n’est que manière de gagner du temps, et d’endormir le citoyen un peu plus.

Il en est une qui viendra sur le devant de la scène, racler les fonds électoraux de l’UMP en utilisant l’image pour mieux enfoncer le clou du « tous pourris ». Et comme le bon peuple ne voit qu’elle sur son petit écran aux ordres, on peut se douter des souhaits qui sont formulés dans les coffres secrets des affairistes en tous genres qui ont émargé sans vergogne depuis cinq années.

Il paraît que pour se passer la gueule de bois, il faut boire un bon coup de plus : c’est peut-être la recette que sont en train de nous préparer les mitrons de la défunte démocratie.

Et pour paraphraser le graffiti rencontré sur un ancien bunker du mur de l’Atlantique, sur la côte océanique de l’île d’Oléron : «  Et ça ne fera même pas rire les mouettes » !

XL

Mardi 8 mai 2012

lundi 7 mai 2012

Poïésis 4 – Une fois la fête passée


Il n’est rien que nous puissions voir, sinon ce que nous sommes.

Ralph Waldo Emerson



Photographie : Sans artifice 1, par Xavier Lainé (tous droits réservés)



Il fallait attendre que les flons-flons de la fête s’éteignent, que les fleurs du ciel entonnant des hymnes victorieux retombent pour enfin pouvoir, avec sérénité, reprendre la parole.

La défaite d’un homme serait-elle la victoire d’un peuple ? D’ATTAC à l’ensemble des partis, c’est l’idée qui semble dominer.

Et cette république mortifère, construite sur la base d’un coup d’Etat pour la satisfaction de la soif de pouvoir d’un seul, cache bien mal le but final de ses rouages.

Et il ne suffit pas, dans un contexte de démocratie avariée, d’en éjecter un pour le remplacer par un autre pour que le miracle se produise.

Car le véritable pouvoir est ailleurs. Et le sortant l’avait bien compris qui frayait plus avec la haute finance internationale (pour protéger les avoirs de ses amis), qu’avec le peuple à qui il faisait subir la tyrannie de son austérité.

Je me suis élevé, pendant toute la campagne électorale sur ces discours qui tendait à accréditer l’idée d’un « échec » du président sortant, comme sur le terme, distribué ici et là sur des prospectus, le jour de marché de « La crise ». Comme si, Badinguet fut élu pour satisfaire aux attentes du peuple ou que « La » crise fut la nôtre.

Mais de qui se moque-t-on ?

Si le départ du petit père la finance est un soulagement, ce qu’il représentait n’est pas sorti pour autant des couloirs de la République. Il n’est que de voir l’arrogance insultante d’Angela Merckel pour mesurer à quel niveau se situe le combat.

Or tous, d’ATTAC à Paul Jorion entonnent le même discours, au fond pas si loin de celui de François Hollande, à peine élu. Si le constat est sans appel, et les yeux grands ouverts, si pour les deux premiers on en appelle au peuple, comme seul rempart contre les méfaits d’une « troïka » capable de mettre la planète à feu et à sang pour préserver les intérêts des actionnaires du CAC 40, aucun ne regarde les dégâts occasionnés dans la pensée populaire par trente années de domination libérale dans tous les médias.

Et force est de constater que, de ce côté-là, les speakers de la Bourse, de la City ou de Wall Street poursuivent et poursuivront leur travail de sape de toute idée de mouvement social.

Dans ce contexte de bourrage de crâne depuis si longtemps, il est même étonnant que le peuple français ait trouvé la force de virer l’inopportun père la finance. Et c’est au moins de ce réflexe de survie, dans l’étouffement qui était le nôtre qu’il convient de saluer, sans se réjouir d’avantage, car il nous fait mesurer que cette survie est loin d’être la vie. Or, pour qu’une pensée critique puisse jaillir dans une tête bien informée, encore faut-il qu’elle ait les moyens de vivre, car sinon, nous ne sortons pas du terrain émotionnel en vogue depuis cinq ans. Et nous savons que ce terrain émotionnel, s’il a joué hier en faveur d’un candidat de gauche, peut aussi se retourner par la grâce d’un matraquage médiatique bien orchestré en faveur de la peste brune dont le souffle haineux est juste là, derrière la porte.

C’est d’ailleurs cette tentation qui est mise en avant dans la désinformation qui continue à courir sur la situation en Grèce : alors que le parti Syriza (Front de Gauche grec) est officiellement le grand vainqueur des élections législatives avec 16,77% des voix exprimées, passant même devant l’historique PASOK (PS grec), tous les médias braquent leurs yeux glauques sur la survenue au parlement de ce pays d’un frange d’extrême droite néo-nazie (Aube Dorée) qui n’a recueilli en tout et pour tout que 6.97% des suffrages (ce qui est bien sûr encore trop, mais dans un contexte où les coups de la Sarkomerckozie pleuvaient, on aurait pu craindre pire).

Et ici, dès ce matin, vous ne pouviez pas ouvrir votre portail Orange sans y voir pérorer l’égérie de l’affront national qui rêve de récupérer les débris de l’UMP, explosant avec le crash de son plus haut représentants : pitoyables médias qui ne cessent de faire l’apologie du pire pour satisfaire à la stratégie du choc voulue par les financiers internationaux et les théoriciens de l’école de Chicago.

A part ça ? Il régnait au café, ce matin, un étrange silence, mais on était lundi, et les habituels commerçants étaient absents. Un ami me raconta, devant notre tasse déjà vide (on ne remonte pas le fond mais on augmente le prix en diminuant la dose), ses déboires avec GRDF dont les sous-traitances onéreuses finissent par être tellement mal organisées que son chantier ne cesse de prendre du retard.

Un peu plus loin, des ouvriers travaillaient, vêtus comme des cosmonautes à retirer un enduit d’isolation dans une poussière irrespirable, et au rond-point d’après, la circulation était toujours aussi dense : camions, pompiers voitures tonitruantes continuaient leur ronde incessante à grands bruits.

Suffirait-il d’un changement de président pour que le peuple soit plus conscient de ces petits actes politiques dont il se fait le vecteur, sans même songer à en contester le bienfondé ?

XL

Lundi 7 mai 2012


Sources :

-          Panagiotis Grigoriou, Greek Crisis, Air Libre : http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/05/air-libre.html

-          Paul Jorion, Peut faire mieux : http://www.pauljorion.com/blog/?p=36676

-          ATTAC France, Après la défaite de Sarkozy : vers un juin 1936 européen : http://www.france.attac.org/articles/apres-la-defaite-de-sarkozy-vers-un-juin-1936-europeen

-          François Leclerc, L’actualité de la crise : Les lignes qui bougent, Billet invité sur le blog de Paul Jorion : http://www.pauljorion.com/blog/?p=36659

dimanche 6 mai 2012

Poïésis 3 – Voter, et puis après ?


La démocratie est le peuple avec toutes ses potentialités et sa force. Le bulletin de vote et un appareil électoral ne signifient pas, par eux-mêmes, qu’il existe une démocratie. Ceux qui organisent des élections de temps à autre, et ne se préoccupent du peuple qu’avant chaque acte électoral, n’ont pas un système réellement démocratique.
Thomas Sankara



Photographie : Voter 3, par Xavier Lainé (tous droits réservés)
J’écris pour tromper le temps, pour tenter de réunir des pensées qui, au fil des heures tendent à se disperser.
Me vient en mémoire ce jour de 1981, et cette fébrilité qui avait envahi les trottoirs et les rues de Paris. Nous rêvions d’aller occuper la place de la Bastille, portant à bout de bras nos banderoles revendicatives. Nous ne trouvâmes personne pour nous aider dans notre quête.
Nous y étions quand même, et puis aussi au Panthéon. Nous ne pouvions deviner que les urnes ne feraient pas tout. On nous avait tant dit qu’il suffisait de changer une tête pour que le pays respire !
Il a respiré, mais pas longtemps. Et je fus de cette jeunesse qui y croyait. Je démarrais dans mon métier, me suis engagé comme un enragé. Il fallait à tout prix utiliser les leviers du changement pour les faire passer dans les actes.
Sauf que nul n’était en mesure de se connaître utile. En serait-il de même aujourd’hui ?
Pourrions-nous être certains, compte tenu du matraquage continu depuis cinq années, de ne pas nous faire voler cet embryon de victoire que serait l’éviction du triste président en place ?
Les urnes n’ont pas encore parlé. Ici, elles ont fini de se remplir. Et déjà on se bouscule autour des tables ou les enveloppes sont ouvertes à doigts tremblants d’émotion, car on sait détenir là, un pan de l’histoire. L’enjeu dépasse même notre pays, le mesurons-nous bien ?
Sans doute, intuitivement, est-ce une question présente dans les esprits, puisqu’à cette heure, nos concitoyens se sont fortement mobilisés.
Et ce sera cette intuition qu’il faudra confirmer pour qu’elle devienne une élévation de la conscience. Etre citoyen ne se limite pas au dépôt d’un bulletin. Mais l’organisation même de cette République n’est pas une incitation à participer, mais à déléguer ses pouvoirs.
Pour l’heure on attend que le secret de polichinelle soit éventé.
Car jusqu’à vingt heures, rien ne doit filtrer (il paraît). Encore une manière de faire de l’élection présidentielle un spectacle, comme tout ce qui relève de la culture.
Et c’est cette page qu’il va falloir tourner, avec une vision précise des freins que certains, cramponnés à leurs petits avantages, ne tarderont pas à serrer.
Pour l’heure, attendons, et, dans le frigo, contemplons la bouteille de champagne qui attend son heure.
XL
Dimanche 6 mai 2012 -19h10