dimanche 5 mai 2013

Poïésis 27 – Les agents locaux d’une guerre travestie en « crise »




En s’éloignant de leur métier, qui consistait, par l’attribution de crédits aux entreprises et aux ménages, à évaluer et à porter les risques, les banques ont été perverties par la finance de marché.

Les économistes atterrés


Chaises vides – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés



Je vous dois mes plus plates excuses. Car vous étiez là. Vous ne m’avez point vu. Pourtant n’étions guère nombreux à parcourir la ville. Mais je me suis fait discret. Je ne voulais pas entrer dans les mêmes et sempiternels débats que suscite l’état du monde.
Je voulais demeurer un peu, entre deux soupir sur mes partitions laborieusement déchiffrées, dans la musique de mes rêves.
Pourtant vous étiez là, fidèles aux postes, mes Camarades d’hier, dont je partage encore l’illusion d’une foi en l’homme, « cette ordure », même si nous n’usons plus des mêmes formules.
Vous étiez là. C’était le premier mai. N’étaient sur les places que commerçants pour vendre encore brins de muguets. Et vous, vieillissants, comme moi, mais fidèles au poste.
Peut-être, au fond, ai-je perdu toute croyance en la possibilité même d’un changement. Et peut-être mes alibis en faveur de mon désengagement trouvent leur source dans la perte de toute foi. Je sais l’Homme capable du pire, parfois aussi du meilleur, mais à doses tellement homéopathiques !
Et je vous admire, vous trois qui teniez votre table de vente de muguet, devant la Porte Saunerie, et puis vous deux qui teniez à bout de bras le local de votre parti ouvert… C’était deux petites parenthèses de rouge dans une ville silencieuse.
Et pendant ce temps, je ne l’ai appris que le lendemain, dans ce que certains nomment encore presse locale, que le gros des troupes était à Saint Auban pour inaugurer un monument à la mémoire des ouvriers morts de l’amiante. Bien sûr, les feuilles de choux locales s’était bien gardé d’en dire un traitre mot avant, dès fois qu’on y aille plus nombreux encore. Et le tissus social et revendicatif est désormais tant morcelé qu’il peine à se faire entendre !

Car au fond, depuis les années 80, c’est au morcellement et à étouffer les voix discordantes que les acteurs économiques et médiatiques, avec la complicité de tous les pouvoirs, se sont attelés.
Et c’est miracle  qu’au cours de la campagne des présidentielles de 2012, ces voix se soient retrouvées derrière la voix d’un tribun.

Les bénéficiaires du système corrompu de la Vème République ont eu peur, très peur. Car ils savaient leur candidat fragile. On n’est pas promu par les médias sur la base d’une fermeté de pensée, mais plus par des habiletés à tromper le monde. Or, le mensonge et la basse cuisine peuvent à tout moment se retourner contre les cuisiniers.
Ils n’avaient pourtant aucune crainte à avoir. Mais quand même…

Ce furent donc les électeurs qui furent trahis. Et quelle trahison ! Les banquiers en rigolent encore. Et les voilà repartis à fomenter l’esprit de crise alors que leurs profits s’envolent !
Faut-il que je dise ici que  Monsieur Baudoin Prot, PDG de la BNP aura touché, pour l’année 2010 une rémunération totale de 2,7 millions d’euros, et que son bonus, en pleine prétendue crise, fut différé pour 60% de son montant et lui sera versé donc entre 2012 et 2014[1] ? Dans le même temps, la même banque ne m’aura jamais fait cadeau du moindre centime de découvert.

Mais il faut que je vous en raconte une autre qui concerne la Banque Populaire.

Il y a deux ans, je fomentais un projet de réhabilitation de mon logement, en vue  d’y installer mon activité professionnelle.
J’allais donc rencontrer ma « conseillère financière » avant même d’entamer la moindre démarche. Je ne fais pas parti, bien que promu poète sans revenu de ce côté de mes activités, des bonimenteurs financiers capables de monter n’importe quel projet même construit sur du vent. Je sais aussi que, compte-tenu des circonstances de « crise », ma rémunération étant bloquée par des honoraires invariables depuis plus de dix ans (c’est à ce prix que je puis encore être conventionné avec l’ « Assurance Maladie »), la seule amélioration de mes revenus est liée à une pratique modérée du dépassement d’honoraires, et à une frange de mon activité qui ne relève pas de la pratique conventionnelle.

Réaliste, je demande donc jusqu’à quel niveau ma Banque prétendument Populaire pourrait me soutenir. Il m’est alors annoncé que nous pourrions aller vers une somme non négligeable, prêtée sur 15 ans (à plus de 50 ans, à ce prix, je devrai faire l’impasse sur une retraite qui de toutes les façons ne me permettrait pas de vivre, et me condamne moi-même à travailler jusqu’à ce que mort s’en suive, mais j’ai la chance de ne pas m’ennuyer dans mes activités).
J’entame donc discussion avec architecte, et pendant plus d’un an nous pesons les agrandissements et aménagements possibles. Ma très chère banque (plus de 600€ par an de frais divers facturés et prélevés sans ménagement) me fait même un prêt personnel pour payer les frais de conception architecturale et obtenir mon permis de construire, m’affirmant son soutien.

J’obtiens le permis de construire en décembre 2012. Je sollicite les entreprises, obtiens mes devis. Mais voilà que Je dépasse le plafond promis. Au risque de payer plus longtemps, j’avance le projet, y compris avec reprise des crédits en cours (puisqu’il semble que les taux actuels soient plutôt bas). Première déconfiture : trop cher ! Il me faut revoir ma copie ! Mais on ne me le dis pas, on trouve tous les prétextes pour botter en touche (on exige une expertise immobilière de mon bien, ce qui me coûte encore 200€, on se consulte, on cherche, mais on ne répond jamais).
Les entreprises sont prêtes à intervenir en mars 2013. On tourne, on vire sans véritable réponse de janvier à mars, sans la moindre véritable négociation. En avril, je modère mes ambitions et réduit au montant estimé au départ le projet, même si, bien sûr vivre pendant 20 ans dans une maison non terminée risque d’être familialement un peu « galère » : pas plus de réponse !
Je vais voir un « courtier » qui m’annonce froidement que je ne fais pas assez de profits avec mes activités et que je ne trouverai aucune banque pour me prêter !
Je rappelle donc les entreprises et renvoie le chantier sine die…

Vous trouverez peut-être ma curiosité malsaine, mais je fouille un peu et voici ce que je découvre : « M. Pérol [François Pérol] émargeait en 2010 à 1,6 million par an (+ 240 % par rapport à l’année précédente mais il semblerait que l’augmentation soit plus modeste en 2011). Pire, M. Mignon [Laurent Mignon], le patron de la calamiteuse banque Natixis, émargeait pour la même année à 2 millions (1,2 de part fixe et 800 000 euros de part variable), ce qui est cher payé pour une catastrophe industrielle. »[2] Et puis encore : « Le site Médiapart révèle que François Pérol, président de Banque Populaire-Caisse d’Epargne (BPCE ) pourra, par le truchement de primes, compter sur le triplement de son salaire. Il se voit également octroyer une indemnité de 60 000 € pour frais de réception. »[3]
Décidément, on ne se refuse rien, à la Banque populaire ! Et pendant ce temps, mes entreprises m’avouent devoir renoncer à nombre de chantiers, leurs clients n’obtenant pas de crédits !

Les agences bancaires seraient-elles le fer de lance pour imprimer dans nos têtes l’esprit de crise ? Font-elles le pari, devant la hausse des esprits de résistance (la démonstration de ce 5 mai 2013, entre les places de la République et de la Nation, à Paris, en serait le signe), d’accentuer la pression pour démanteler un peu plus le tissus économique local ?
J’entends pas ailleurs que la Banque Centrale Européenne a diminué ses taux de crédits pour les banques, mais que celles-ci continueront à refuser des crédits pour renforcer leurs marges de manœuvres[4].

Alors oui, on peut constater dans notre vie de tous les jours, concrètement, qu’il ne s’agit pas d’une « crise » mais bien d’une guerre que les systèmes financiers nous ont déclaré. Ils sont là, arrogants, le sourire commercial aux lèvres, histoire de vous garder comme clients juteux. Chaque pourcentage perçu par eux vient gonfler les petits profits de leurs dirigeants, tandis que peu à peu tout le tissus local, économique et social est mis en difficulté.
La crise n’est qu’un prétexte à asservissement de nos esprits.

Mon projet visait à inscrire ma démarche professionnelle de santé dans un cadre plus large, culturel, littéraire, philosophique, artistique et pratique. Il reste entier. Et plutôt que voir ma ville morte par la grâce des vils profits des petits agents de la finance, je le mènerai.
Puisque guerre nous est menée, nous apprendrons à déjouer leurs pièges. Il est plus que temps de nationaliser le secteur bancaire qui gère nos comptes courants. C’est le seul moyen de faire rendre leurs armes aux petits soldats des trente piteuses.


Xavier Lainé
5 mai 2013


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