samedi 18 mai 2013

Poïésis 28 - Petites déclinaisons d’infimes lâchetés




On ne peut pas s’attendre à ce que les gens agissent dans leur intérêt lorsque, à cause de la désorientation, ils ne savent plus en quoi consiste cet intérêt – ou s’en fichent complètement.


Halina Bortnowska, citée par Naomie Klein


Vivre pourtant – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés




Je marche sur des sentiers. Je marche dans ma tête. Je marche dans mes rêves.
Toujours je marche.
Toujours je croise et recroise d’autres comme moi, d’autres si différents.
J’en vois assis qui tendent la main, d’autres qui dorment au parvis du tribunal.
J’en vois qui passent et accélèrent le pas.
Moi, je marche et ne sais que faire.
J’ai le sentiment qu’à donner une pièce, je me dédouanerais à bon compte. Mais ne pas la donner, me contenter d’un petit signe de la tête ou d’un « bonjour » plus ou moins compassé pourrait passer pour…
Alors j’adopte profil bas et je passe.
J’ouvre mes yeux et me viennent images et sons de pays où enfants ne marchent plus, ventres ballonnés par la faim.
J’ouvre mes yeux et me viennent champs de cadavres, actes de guerre, corps d’enfant et de femmes suppliciés au nom de je ne sais quels sombres intérêts.
J’ouvre mes yeux et ne sais quelle attitude adopter : hâter le pas, détourner le regard ou me laisser aller au terrible dégoût qui me harcèle ? Descendre dans la rue, seul, protester, au risque de paraître incongru, d’être appréhendé par une police qui n’aime pas le trouble à « l’ordre public » que je serais devenu.
Mais, seul, que vaudrait mon acte désespéré ?
Alors je baisse la tête et je rentre chez moi déguster ce petit confort si chèrement acquis (pas acquis encore vraiment, d’ailleurs, puisqu’une vie ne suffira pas à m’affranchir de cette épée de Damoclès bancaire qui m’autorise le confort).
Alors, je passe, toujours je passe.
Je passe et je tiens discours qui alternent de la station révolte à désabusé, oscillant de profonde colère en joie récurrente à l’apparition soudaine de petites figures de mouvements qui pourraient m’indiquer une irritation partagée.
J’oscille, je me fatigue, je m’époumone puis me blottit dans le silence.
Car à chaque acte que je pose répond le mur.
Et ceux qui le construisent se félicitent d’un autre, abattu depuis si peu…
Ils se réjouissent pour en bâtir un autre, invisible, qui passe en moi-même. Et ils y arrivent, pierre après pierre.
Est-ce le sentiment d’impuissance qui tisse mon indifférence, mes petites lâchetés quotidiennes ? Ou mon indifférence qui justifierait mon impuissance ?
Toujours est-il que rentré chez moi, me voilà à parler contre l’indifférence générale, oubliant qu’elle est le fruit de nos petites lâchetés individuelles.
Et je rentre chez moi.
Et je vis ou me persuade à bon compte, ainsi, de le faire.
Qu’est ma vie d’homme si, attentif à la souffrance de mes semblables, je rentre chez moi, me penche sur mon cahier, écris, certes, écris ?

Ecrire est ici comme un sauf-conduit, une façon de m’autoriser à marcher encore, passant devant toutes souffrances sans un geste.
Je peux toujours protester : mon écrit est là qui dit la honte vécue à vivre une période de l’histoire qui ne sait éradiquer ses monstres.
Mon écriture reste au placard, noyée sous l’assaut d’autres, sans doute, bien plus glorieuses.
Ecrire est un abri, un refuge, juste avant le grand embrasement.
Walter Benjamin eut le courage du suicide ; moi, non. Pas le courage, pas la trempe, juste la petite lâcheté d’écrire encore, peut-être pour rien, puisque…
Puisque derrière ce monde où je me justifie de mon impuissante et lâche indifférence ne se profile peut-être rien, ni monde, ni yeux pour lire encore mon insignifiante protestation.
Une fois tout parti en fumée, dans un chaos tel que l’humanité n’en a jamais connu, écritures démissionnaires et protestataires se mêleront aux cendres. Nous ne serons plus rien, peut-être, sinon quelques cellules engagées à tout recommencer.
Mon impuissante et lâche indifférence n’aura été que l’allumette, le détonateur, la minuterie.
Je n’aurai plus de questions à me poser.

En attendant, on fait comme si ; on fait comme ça ; on feint que cette lâcheté ne puise dans aucune raison, que l’histoire pourrait expliquer.
Il faudra bien, à moins d’attendre qu’il soit trop tard, un jour, comprendre que ce sentiment d’impuissante indifférence ne vient pas de nulle part, mais d’une peur, une peur qui ne fut pas toujours du côté des plus humbles, non, pas toujours.
On ergote beaucoup autour de mai 1968. On redécouvre avec délectation les fruits de l’Internationale Situationniste. On en fait « la » Révolution du XXème siècle.
A juste raison, peut-être, mais peut-être pas.
Peut-être n’est-ce que l’écran de fumées (lacrymogènes, bien sûr) qui permet de cacher ce que nul ne veut voir : il y eut un autre mois de mai qui fit sa petite révolution silencieuse.
Elle porta au pouvoir un homme dont nul n’ignorait le goût et l’aptitude à la tromperie et il ne se cachait guère de vouloir faire taire les humbles.
Il accéda au pouvoir et lança quelques premiers symboles qui nous encouragèrent à agir.
Passées les fièvres de la Bastille et la ferveur du Panthéon, il y en eut, riches de leurs vingt ans qui s’engagèrent dans un mouvement de petites prises de pouvoir, là où la puissance sociale et économique ne s’y attendait pas.
Mais nul n’en parle ni ne le sait car tous ne considèrent que la « grande histoire », celle qui occupe les rues et la maréchaussée.
Or, il y eut une révolution silencieuse qui ne se contenta pas de travailler 35 heures ou de bronzer sur les plages d’une cinquième semaine de congés payés.
Il y eut quelque chose de bien plus profond, de plus fondamental. Et ce fut une brèche dans le mur du pouvoir totalitaire des entreprises. L’homme qui en fut le promoteur est aujourd’hui oublié, il avait pourtant un nom : il s’appelait Jean Auroux et était ministre du travail.
Il mit un clou dans la chaussure de tous ces petits potentats de l’entreprise, un clou passé sous le silence des oubliettes de l’histoire officielle qui préfère nous parler des 35 heures.
Il invita, discrètement, certes, les employés, les ouvriers, à prendre du pouvoir sur leur lieu de travail. Il rendit possible ce que les féodaux craignaient le plus : la contestation, au sein même de leurs fiefs, de leur mode de gestion.
Des hommes et des femmes comprirent l’importance de cette brèche, de cet épieu planté au cœur même des rêves totalitaires de la grande révolution industrielle.
Ici et là, des Comités d’Entreprise s’érigèrent en contre-pouvoirs face au pouvoir absolu des « chefs d’entreprise ».
Ceux-là n’ont simplement pas mesuré le poids des médias sur le formatage des esprits : ils se contentèrent de saisir l’opportunité de textes novateurs, sans voir qu’ils ne seraient pas suivis, tant les principes qui régissent ce monde sont imprégnés dans les esprits.
Ceux d’en face ont vu venir, ont usé de leurs relais discrétionnaires au sein même des empires médiatiques pour entamer leur « contre-révolution libérale », la déclinant dans une stratégie de mondialisation, qui leur permettait d’avancer masqués, en imprimant la marque de la fatalité dans les cerveaux disponibles.

Car les concepts émergés dans les années 80 furent longuement mûris en des laboratoires économiques dès les années 70, en réponse à la grande frousse de 1968.
Le monde est devenu ce grand laboratoire imaginé chez Orwel ou Aldous Huxley. Les hommes n’y sont déjà plus que des cobayes.
« Mon oncle d’Amérique » avait-il quelque chose de prémonitoire ? A regarder de plus près ce que nous sommes devenus, les rats de Monsieur Laborit ont dû prendre figure humaine (ou inhumaine).
Et c’est par la grâce de ceux qui s’étaient fait élire au nom de l’espérance que les ondes, sous prétexte de liberté, furent ouvertes au « marché », marché de dupe qui n’était que le piège d’une financiarisation du monde.
Au marché de l’esprit, en proie à l’hédonisme qui suivit les idéaux de 1968, comme tant je me laissais bercer par les rengaines du consumérisme et du loisir.
Les refrains doucereux purent cacher les coups de masse sur la tête des quelques responsables syndicaux de toutes obédiences, tous protégés, dès l’année 1987 : grande panique chez les rats qui rentrèrent chez eux, la stratégie du choc devenant la méthode gouvernementale par excellence, omniprésente quelle que soit la couleur des idées.
Partagé entre plaisir et vision d’avenir, me voilà la proie facile d’un univers dépressionnaire. Les coups trop forts eurent raison de qui j’étais, et ma voix était bien pâle face aux cloches de la fatalité.
Tous les neurologues vous le diront : un système nerveux soumis à des stimulations constantes ne sait plus discerner le bon du mauvais, le mal du bien, et devient le sujet de ses stimuli.
Le biopouvoir foucaldien des années 1980 est devenu un neuro-pouvoir capable d’offrir des médailles (en chocolat) à ses promoteurs pour en faire les généraux d’une armée d’oligarques à défaire de l’intérieur au moindre signe de rébellion.
Mine de rien, tout militant que je fus, tout convaincu d’avoir vu venir la tempête funeste, peu à peu, s’est insinué en moi-même cette impuissance devant l’hydre à mille têtes qu’est devenu le capitalisme.
Ne sachant quelle tête couper, je me terre en mon logis et j’écris. Mes mots ne sortent guère prendre l’air puisque je suis ce maillon d’une histoire récente qu’il convient de faire taire.
La liberté n’étant plus l’apanage des circuits éditoriaux, en proie à leurs propres difficultés et compromis, me reste la lucarne internet, échappant encore un peu au contrôle.
Je rentre chez moi, j’écris et m’interroge : je tente de comprendre comment me voici moi-même avec ce sentiment de lâche impuissance et ne trouve d’explication qu’en cet échec cuisant qui n’a pas vingt cinq ans.
Ceux qui, hier, se proclamaient libres face aux pseudo-communisme de l’Est lorgnent avec intérêt sur le monstre totalitaire chinois : voilà sans doute à quoi ils rêvent de nous réduire.

Mais qu’une jolie jeune femme entre, tremblante et me réclame secours et me voilà aussitôt sorti de mon enfermement et de mes questions. Mes mains et mon esprit cherchent (et trouvent parfois) de quoi la rassurer et la faire grandir dans l’œuvre de sa vie.
Me voilà sorti de cette mortelle lâcheté, me surprenant à ne savoir être indifférent à la misère sociale, cherchant avec avidité quelque issue individuelle où le monde étouffe les voix collectives.
Mon âme exulte au doux chant d’un torrent, mes yeux se bordent de larmes de bonheur à observer ceux qui, comme moi, fuient un monde devenu trop agressif dans le bonheur simple de quelques futaies d’altitude.
Me voilà heureux du temps passé avec des amis, maison ouverte à la jeunesse de passage.
Me voilà prompt à me réjouir d’exister dans la simple vision de la beauté qui avance, rayonnante,  à l’adret de la vie.
Mais c’est pour aussitôt retomber à l’ubac de ce monde où se vautrent les fossoyeurs d’humanité.
Et je joue les funambules sur la ligne de crête ; un versant compense l’autre, l’un m’invite à me confondre en mes petites lâchetés, tandis que l’autre m’élève.
Et je voudrais par mes mots savoir tirer chacun vers ces cols où la lumière se fait tendre, à l’aube d’une autre histoire.
Et c’est pour retomber encore sur ce sentier, entre les griffes de ces reproches formulés à moi-même devant mes pauvres impuissances, mes petites lâchetés quotidiennes qui m’éloignent des gestes justes, tout aussi quotidiennement accompli et qui sont, par-delà les mots, autant de signes à l’infini répétés de notre soif profonde, et si communément partagée d’autre chose qui soit à la portée de nos rêves.

Xavier Lainé
11 au 22 août 2012
Ce texte, dans une version écourtée a été publié dans le numéro 51 de la Gazette de la Lucarne, le 15 septembre 2012


dimanche 5 mai 2013

Poïésis 27 – Les agents locaux d’une guerre travestie en « crise »




En s’éloignant de leur métier, qui consistait, par l’attribution de crédits aux entreprises et aux ménages, à évaluer et à porter les risques, les banques ont été perverties par la finance de marché.

Les économistes atterrés


Chaises vides – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés



Je vous dois mes plus plates excuses. Car vous étiez là. Vous ne m’avez point vu. Pourtant n’étions guère nombreux à parcourir la ville. Mais je me suis fait discret. Je ne voulais pas entrer dans les mêmes et sempiternels débats que suscite l’état du monde.
Je voulais demeurer un peu, entre deux soupir sur mes partitions laborieusement déchiffrées, dans la musique de mes rêves.
Pourtant vous étiez là, fidèles aux postes, mes Camarades d’hier, dont je partage encore l’illusion d’une foi en l’homme, « cette ordure », même si nous n’usons plus des mêmes formules.
Vous étiez là. C’était le premier mai. N’étaient sur les places que commerçants pour vendre encore brins de muguets. Et vous, vieillissants, comme moi, mais fidèles au poste.
Peut-être, au fond, ai-je perdu toute croyance en la possibilité même d’un changement. Et peut-être mes alibis en faveur de mon désengagement trouvent leur source dans la perte de toute foi. Je sais l’Homme capable du pire, parfois aussi du meilleur, mais à doses tellement homéopathiques !
Et je vous admire, vous trois qui teniez votre table de vente de muguet, devant la Porte Saunerie, et puis vous deux qui teniez à bout de bras le local de votre parti ouvert… C’était deux petites parenthèses de rouge dans une ville silencieuse.
Et pendant ce temps, je ne l’ai appris que le lendemain, dans ce que certains nomment encore presse locale, que le gros des troupes était à Saint Auban pour inaugurer un monument à la mémoire des ouvriers morts de l’amiante. Bien sûr, les feuilles de choux locales s’était bien gardé d’en dire un traitre mot avant, dès fois qu’on y aille plus nombreux encore. Et le tissus social et revendicatif est désormais tant morcelé qu’il peine à se faire entendre !

Car au fond, depuis les années 80, c’est au morcellement et à étouffer les voix discordantes que les acteurs économiques et médiatiques, avec la complicité de tous les pouvoirs, se sont attelés.
Et c’est miracle  qu’au cours de la campagne des présidentielles de 2012, ces voix se soient retrouvées derrière la voix d’un tribun.

Les bénéficiaires du système corrompu de la Vème République ont eu peur, très peur. Car ils savaient leur candidat fragile. On n’est pas promu par les médias sur la base d’une fermeté de pensée, mais plus par des habiletés à tromper le monde. Or, le mensonge et la basse cuisine peuvent à tout moment se retourner contre les cuisiniers.
Ils n’avaient pourtant aucune crainte à avoir. Mais quand même…

Ce furent donc les électeurs qui furent trahis. Et quelle trahison ! Les banquiers en rigolent encore. Et les voilà repartis à fomenter l’esprit de crise alors que leurs profits s’envolent !
Faut-il que je dise ici que  Monsieur Baudoin Prot, PDG de la BNP aura touché, pour l’année 2010 une rémunération totale de 2,7 millions d’euros, et que son bonus, en pleine prétendue crise, fut différé pour 60% de son montant et lui sera versé donc entre 2012 et 2014[1] ? Dans le même temps, la même banque ne m’aura jamais fait cadeau du moindre centime de découvert.

Mais il faut que je vous en raconte une autre qui concerne la Banque Populaire.

Il y a deux ans, je fomentais un projet de réhabilitation de mon logement, en vue  d’y installer mon activité professionnelle.
J’allais donc rencontrer ma « conseillère financière » avant même d’entamer la moindre démarche. Je ne fais pas parti, bien que promu poète sans revenu de ce côté de mes activités, des bonimenteurs financiers capables de monter n’importe quel projet même construit sur du vent. Je sais aussi que, compte-tenu des circonstances de « crise », ma rémunération étant bloquée par des honoraires invariables depuis plus de dix ans (c’est à ce prix que je puis encore être conventionné avec l’ « Assurance Maladie »), la seule amélioration de mes revenus est liée à une pratique modérée du dépassement d’honoraires, et à une frange de mon activité qui ne relève pas de la pratique conventionnelle.

Réaliste, je demande donc jusqu’à quel niveau ma Banque prétendument Populaire pourrait me soutenir. Il m’est alors annoncé que nous pourrions aller vers une somme non négligeable, prêtée sur 15 ans (à plus de 50 ans, à ce prix, je devrai faire l’impasse sur une retraite qui de toutes les façons ne me permettrait pas de vivre, et me condamne moi-même à travailler jusqu’à ce que mort s’en suive, mais j’ai la chance de ne pas m’ennuyer dans mes activités).
J’entame donc discussion avec architecte, et pendant plus d’un an nous pesons les agrandissements et aménagements possibles. Ma très chère banque (plus de 600€ par an de frais divers facturés et prélevés sans ménagement) me fait même un prêt personnel pour payer les frais de conception architecturale et obtenir mon permis de construire, m’affirmant son soutien.

J’obtiens le permis de construire en décembre 2012. Je sollicite les entreprises, obtiens mes devis. Mais voilà que Je dépasse le plafond promis. Au risque de payer plus longtemps, j’avance le projet, y compris avec reprise des crédits en cours (puisqu’il semble que les taux actuels soient plutôt bas). Première déconfiture : trop cher ! Il me faut revoir ma copie ! Mais on ne me le dis pas, on trouve tous les prétextes pour botter en touche (on exige une expertise immobilière de mon bien, ce qui me coûte encore 200€, on se consulte, on cherche, mais on ne répond jamais).
Les entreprises sont prêtes à intervenir en mars 2013. On tourne, on vire sans véritable réponse de janvier à mars, sans la moindre véritable négociation. En avril, je modère mes ambitions et réduit au montant estimé au départ le projet, même si, bien sûr vivre pendant 20 ans dans une maison non terminée risque d’être familialement un peu « galère » : pas plus de réponse !
Je vais voir un « courtier » qui m’annonce froidement que je ne fais pas assez de profits avec mes activités et que je ne trouverai aucune banque pour me prêter !
Je rappelle donc les entreprises et renvoie le chantier sine die…

Vous trouverez peut-être ma curiosité malsaine, mais je fouille un peu et voici ce que je découvre : « M. Pérol [François Pérol] émargeait en 2010 à 1,6 million par an (+ 240 % par rapport à l’année précédente mais il semblerait que l’augmentation soit plus modeste en 2011). Pire, M. Mignon [Laurent Mignon], le patron de la calamiteuse banque Natixis, émargeait pour la même année à 2 millions (1,2 de part fixe et 800 000 euros de part variable), ce qui est cher payé pour une catastrophe industrielle. »[2] Et puis encore : « Le site Médiapart révèle que François Pérol, président de Banque Populaire-Caisse d’Epargne (BPCE ) pourra, par le truchement de primes, compter sur le triplement de son salaire. Il se voit également octroyer une indemnité de 60 000 € pour frais de réception. »[3]
Décidément, on ne se refuse rien, à la Banque populaire ! Et pendant ce temps, mes entreprises m’avouent devoir renoncer à nombre de chantiers, leurs clients n’obtenant pas de crédits !

Les agences bancaires seraient-elles le fer de lance pour imprimer dans nos têtes l’esprit de crise ? Font-elles le pari, devant la hausse des esprits de résistance (la démonstration de ce 5 mai 2013, entre les places de la République et de la Nation, à Paris, en serait le signe), d’accentuer la pression pour démanteler un peu plus le tissus économique local ?
J’entends pas ailleurs que la Banque Centrale Européenne a diminué ses taux de crédits pour les banques, mais que celles-ci continueront à refuser des crédits pour renforcer leurs marges de manœuvres[4].

Alors oui, on peut constater dans notre vie de tous les jours, concrètement, qu’il ne s’agit pas d’une « crise » mais bien d’une guerre que les systèmes financiers nous ont déclaré. Ils sont là, arrogants, le sourire commercial aux lèvres, histoire de vous garder comme clients juteux. Chaque pourcentage perçu par eux vient gonfler les petits profits de leurs dirigeants, tandis que peu à peu tout le tissus local, économique et social est mis en difficulté.
La crise n’est qu’un prétexte à asservissement de nos esprits.

Mon projet visait à inscrire ma démarche professionnelle de santé dans un cadre plus large, culturel, littéraire, philosophique, artistique et pratique. Il reste entier. Et plutôt que voir ma ville morte par la grâce des vils profits des petits agents de la finance, je le mènerai.
Puisque guerre nous est menée, nous apprendrons à déjouer leurs pièges. Il est plus que temps de nationaliser le secteur bancaire qui gère nos comptes courants. C’est le seul moyen de faire rendre leurs armes aux petits soldats des trente piteuses.


Xavier Lainé
5 mai 2013